CHAPITRE VIII

 

VENDREDI 2 FÉVRIER

 

Pourquoi ? Mais POURQUOI ?

 

Ne passerai-je donc pas une seule bonne journée au cours de ce séjour ?

 

J’avais le champ libre ; après sa mauvaise nuit, Fujisaki avait décidé de rester à l’hôtel et Noriko, bonne âme, s’était dévouée pour lui tenir compagnie. Avec Saki à l’école de ski, Ryûichi et moi étions seuls tous les deux. SEULS ! C’était l’occasion ou jamais de tenter quelque chose, et peut-être même… d’arriver à mes fins !

 

La journée était à nouveau magnifique, le ciel clair, le froid vif, et j’étais sur les pistes en compagnie de l’homme pour lequel j’étais prêt à vendre mon âme ; pour qui j’aurais fait n’importe quoi.

 

Nous étions seuls, et déjà mille idées envahissaient mon esprit, la plupart, il me faut l’avouer, assez peu recommandables. C’était ma chance, c’était LE jour, et je n’avais pas eu à souffrir jusque là la maussade présence de Fujisaki sans avoir finalement droit à une récompense. Les Dieux se montraient enfin cléments avec moi.

 

Du moins je le croyais… Je n’avais pas fait quatre descentes en compagnie de l’homme de ma vie que, alors que nous faisions la queue devant un télésiège, j’ai entendu quelqu’un m’appeler.

 

Il s’agissait d’un prénommé Shô, un camarade de lycée avec lequel j’entretenais d’assez bons rapports. La tuile ! J’ai fait semblant de ne pas l’avoir entendu, en pure perte. Quelques instants plus tard, il nous avait rejoint et nous expliquait d’un air réjoui qu’il était venu passer le week-end à la neige avec quelques copains. J’ai aussitôt pressenti le pire… à juste titre, car lesdits copains ont soudain débarqué, près d’une dizaine de gars de mon lycée, amateurs de déconne et de virées en boîte avec lesquels il m’arrivait régulièrement de sortir. Ils ont ouvert de grands yeux en reconnaissant Ryûichi et ont aussitôt entrepris de lui poser dix mille questions. J’étais désespéré, mais Ryûichi paraissait bien s’amuser en leur compagnie et, à ma grande horreur, leur a proposé de rester avec nous pour la journée. Vous pensez bien que les autres n’ont pas refusé ! Et, en effet, ils nous ont collé au train jusqu’à la fermeture des pistes. Je n’ai RIEN pu tenter. Rien. Vous n’imaginez même pas quel a pu être mon supplice de voir mon idole, mon étoile, accaparée par cette bande de lourdauds. Il était à deux cent coudées au-dessus d’eux, inaccessible. Et je n’osais rien dire car j’imagine qu’il devait croire que la présence de mes « amis » me faisait plaisir. Ces crétins se sont même pris en photo avec lui. J’en aurais pleuré.

 

C’est donc avec un soulagement incommensurable que j’ai vu arriver la fermeture des pistes. J’allais enfin être débarrassé de cette troupe d’attardés mentaux tout juste bons à sortir des blagues de niveau CP ! J’ai du mal à croire à ce que je suis en train d’écrire, mais ils étaient parvenus à me faire regretter Fujisaki !

 

Mais, alors que je pensais être enfin libre de profiter de ce qu’il restait de la journée avec mon Ryûichi en sucre, cet imbécile de Shô n’a rien trouvé de mieux que de m’inviter à sortir en boîte avec lui et les autres joyeux drilles ! Avant que j’ai eu le temps de l’envoyer au Diable, Ryûichi a déclaré que c’était une excellente idée et que j’avais sans doute envie de passer un peu de temps en compagnie de jeunes de mon âge plutôt qu’avec des « vieux comme Noriko et moi ». Il m’a assuré qu’il comprenait tout à fait ce besoin de sortir un peu de mon côté et m’a tapé sur l’épaule avec un petit clin d’œil fripon.

 

Je n’avais toujours pas dit un mot que mes « amis » s’éloignaient déjà après m’avoir fixé l’heure et le lieu du rendez-vous. Je n’en revenais pas ; ils avaient tout décidé sans même me demander mon avis !

 

Je n’en voulais bien évidemment pas à Ryûichi, qui croyait sincèrement me faire plaisir en m’encourageant à sortir avec mes « copains ». Mais, que ce crétin de Shô soit trois fois maudit ! 

OoOoOoOoOoO 

La soirée en boîte a été… très moyenne. J’avoue qu’en temps normal je me serais bien amusé à boire, danser, draguer et délirer, mais là, j’avais vraiment la tête ailleurs. Je ne cessais de me demander ce qu’était en train de faire Ryûichi… J’aurais tout donné pour ne pas être là en cet instant, d’autant que mes camarades ne cessaient de boire et devenaient de plus en plus lourds au fil des heures. Ces abrutis ont fini par se mettre tellement minables que nous nous sommes fait jeter à la porte à 3 heures du matin ! Au moins, j’étais enfin débarrassé d’eux et je suis rentré à l’hôtel. 

OoOoOoOoOoO 

C’est ce matin, au réveil, que j’ai appris l’épouvantable nouvelle.

 

Alors que j’émergeais péniblement des brumes de ma courte nuit, la vipère (a.k.a Fujisaki), m’a demandé si j’avais passé une bonne soirée avant de me raconter (et je jure qu’il jubilait !) la sienne.

 

Ryûichi, Noriko et lui avaient donné un mini concert devant les clients du Prince Hôtel.

 

Je ne sais pas comment ceci a été décidé, ni où ils ont trouvé du matériel ; le fait est que, avec Fujisaki en place de son cousin et l’incomparable Ryûichi Sakuma au chant, ils ont joué plusieurs morceaux de Nittle Grasper et de Bad Luck.

 

Et j’ai raté ça.

 

J’ai raté ça à cause d’une bande de débiles dont l’intellect flirte allègrement avec la moquette. Tandis que j’endurais les blagues idiotes de ces attardés, Ryûichi chantait avec ces yeux de loup qui me donnent le frisson…

 

C’est officiel, je suis maudit.

 

J’imagine que je devais être décomposé, car Fujisaki a ajouté que c’était dommage que je n’ai pas été là, mais que Saki avait pris des photos et qu’elle pourrait me les montrer.

 

Qu’attendre des photos d’une gamine de six ans ? Ma parole, ce nabot se payait ma tête !

 

Je jure que si je viens à croiser Shô avant la fin de ce séjour, je l’étrangle.

 

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