CHAPITRE X

 

Suguru avala sa salive. Il lui semblait que sa joue le brûlait à l’endroit où Hiroshi l’avait effleurée. Puis, le jeune homme s’était incliné vers lui comme s’il allait l’embrasser avant de se raviser.

 

« J’ai pas envie d’une gifle comme celle de l’autre jour. Tu m’as manqué, tu sais. Tu voudrais venir un soir avec moi au planétarium ? »

 

Les battements déjà effrénés de son cœur accélérèrent encore. Ils n’avaient cessé de se manquer au cours des semaines précédentes, et à présent qu’Hiroshi était là, devant lui, il ne savait plus quelle attitude adopter. Aller au bout de ses résolutions et le repousser ? Mais pourquoi avait-il conservé ses affaires, dans ce cas ?

 

« Je… »

 

Son cœur cognait si fort qu’il en étouffait. Il avala une grande goulée d’air et reprit : « J’ai des vêtements à vous rendre, Nakano. »

 

L’entrée en matière du jeune homme avait peut-être été maladroite, mais cette réponse la laissait à dix longueurs dans le domaine de la médiocrité. Pourquoi était-ce si difficile de parler, tout à coup ?

 

C’est pas comme s’il venait de me faire une déclaration… Et d’ailleurs, il est déjà pris.

 

Un peu surpris – et déçu – par cette non-réponse, Hiroshi inclina la tête.

 

« Ah, c’est vrai, j’avais oublié. Mais, heu… 

 

- Vous… voulez monter chez moi pour les récupérer ? »

 

En d’autres circonstances, Hiroshi aurait trouvé l’échange comique. Rompu à toutes les techniques de drague, il en était réduit à proposer une sortie au planétarium. Et quand l’objet de sa convoitise l’invitait à venir chez lui… c’était pour récupérer des affaires. C’était pitoyable, mais ce qui le fut encore plus fut l’empressement avec lequel il accepta.

 

Suguru occupait un tout petit appartement ; le logement d’un étudiant, sommairement meublé. Ici, rien n’était que fonctionnel. Des livres et des affaires scolaires étaient empilés sur un petit bureau, mais ce qui attira en premier le regard d’Hiroshi fut le synthétiseur posé sur une minuscule table basse, dans un coin.

 

« Entrez… Ne faites pas attention au désordre. Je… Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacrer au ménage, dernièrement. »

 

Bien évidemment, ce que Suguru considérait comme du désordre n’avait rien de commun avec ce qu’un adolescent moyen sous-entendait par ce mot.

 

Ainsi, c’était dans ces quelques mètres carrés que le garçon passait le plus clair de son temps quand il n’était pas à l’université… Certain qu’il n’était pas venu à Tokyo pour s’amuser.

 

« Heu, vous… voulez-vous boire quelque chose ? Du café, du thé ? proposa nerveusement Suguru en ôtant son manteau car, en ce début du mois d’octobre, les jours avaient singulièrement fraîchi. Hiroshi l’imita et retira son bonnet, révélant pour la première fois sa chevelure courte aux yeux stupéfaits de l’étudiant.

 

- Je veux bien du thé, s’il te plaît. 

 

- Nakano… Qu’avez-vous fait à vos cheveux ? s’enquit le jeune garçon d’une voix incrédule et… oui, consternée.

 

- Oh, c’est… c’est une longue histoire. Mais j’ai pris de nouvelles résolutions pour la rentrée, et j’ai décidé d’arrêter de faire n’importe quoi. Je suis retourné vivre chez mes parents et… j’ai décidé de me calmer sur… sur la drague. Je vais essayer de me ranger. »

 

Malheureusement ces paroles, destinées à rassurer l’adolescent, obtinrent l’effet inverse car Suguru supposa aussitôt qu’il parlait de sa relation avec Sakura. Dissimulant sous un sourire faux le violent élan de jalousie qui venait de lui traverser le cœur, il déclara :

 

« Ah, c’est… c’est une bonne chose. 

 

- Et pour mes cheveux, bah… J’ai agi sur un coup de tête, mais depuis j’ai décidé de les laisser repousser. Ça m’a fait bizarre au début. Tu aussi tu me préfères avec les cheveux longs ? »

 

Suguru s’empourpra et se retourna aussitôt vers le minuscule coin cuisine qui occupait un renfoncement de la pièce.

 

« Je… je trouve que ça vous allait très bien, c’est vrai. »

 

Il mit de l’eau à chauffer et tira deux sachets de thé d’une boîte en métal joliment décorée. Un silence un peu gêné s’abattit sur la pièce. Lentement, Hiroshi effleura les touches du synthétiseur.

 

« C’est celui que ton cousin t’a offert ? Tu sais bien t’en servir, à présent ? 

 

- Nakano… pourquoi avez-vous arrêté la musique ? Vos amis me l’ont dit, et monsieur Shindo paraissait effondré. Je pensais que… que c’était votre passion, alors pourquoi avoir choisi de tout arrêter ? »

 

Le jeune homme passa la main dans ses cheveux courts et soupira.

 

« Bad Luck n’était qu’un rêve. On peut difficilement vivre d’un rêve. Je vais présenter le concours d’entrée de Todai, pour y étudier la médecine. »

 

Même à ses oreilles, ces mots sonnaient faux. Suguru déposa deux tasses sur la table basse et s’assit sur l’unique chaise de la pièce.

 

« Mais on peut vivre de la musique. Regardez mon cousin. »

 

Tout en parlant il réalisait l’absurdité qu’il y avait à comparer un groupe amateur tel que Bad Luck à l’icône Nittle Grasper. Pourtant, eux aussi étaient partis de rien… Alors, pourquoi pas ?

 

« Il n’y a pas que ça, Fujisaki, répondit Hiroshi en secouant la tête, un sourire un peu amer sur le visage. Mes… mes parents aussi… »

 

Les paroles sans appel de Shuichi lui revinrent en mémoire.

 

Tu es égoïste et lâche. Moi j’avais un rêve avec toi. Tu as peur de l’avenir et tu as peur de ton rêve.

 

Mais cela, il refusait de se l’avouer. Tout comme il refusait d’envisager de quelle manière il assumerait sa relation avec Suguru… si relation il y avait un jour. Dans l’immédiat, il préférait adopter la politique de l’autruche, mais ça il n’était pas question de le reconnaître devant le jeune pianiste. C’est pourquoi, choisissant – encore – la fuite, il demanda :

 

« Ma mère m’a dit que tu étais passé à la maison. J’étais chez mon frère, mais si j’avais su… 

 

- Je voulais vous rendre vos affaires. Mais je… je voulais aussi vous revoir, c’est pour cela que je ne lui ai pas laissé le sac. Votre mère m’a dit que vous étiez passé assister au concert ? »

 

Hiroshi secoua la tête, soulagé néanmoins de la tournure que prenait la conversation. Contrairement à Shuichi, Suguru ne paraissait pas être du genre insistant.

 

« J’ai essayé, du moins. On n’a pas voulu me laisser entrer parce que j’étais soi-disant en retard, mais il était à peine 21 heures ! Seulement, l’espèce d’abruti qui tenait la porte n’a rien voulu entendre, et il même fini par appeler le service de sécurité pour me jeter dehors. C’est dommage, car j’avais vraiment envie de t’entendre jouer. Je suis sincère, je suis vraiment bluffé par ton talent. »

 

Suguru avala une gorgée de thé et désigna du menton le synthétiseur.

 

« Je peux vous jouer quelque chose, si vous voulez… et si vous avez le temps. Je vous avais dit que j’avais essayé de faire un arrangement de votre mélodie. Peut-être avez-vous envie de l’écouter ? »

 

Hiroshi accepta de bonne grâce, curieux de voir de quelle manière le jeune musicien avait pu travailler à partir de son morceau. Dès les premières notes, toutefois, il fut séduit : Suguru avait vraiment réussi à capter l’essence de sa musique, et l’accompagnement qu’il avait réalisé, loin de l’amoindrir, le mettait en valeur de façon frappante.

 

De plus, une autre chose était toute aussi évidente : le garçon était supérieur à Shuichi dans tous les domaines. Il ne put résister et déclara avec élan, sitôt le morceau achevé :

 

« C’est magnifique ! Fujisaki, tu es certain que tu ne t’étais jamais servi d’un synthétiseur avant ? Je n’en reviens pas de ton niveau, tu… tu es un génie ! »

 

Et il était sincère, totalement emballé. En cet instant-là, l’idée folle lui traversa l’esprit de demander au pianiste de rejoindre les Bad Luck ; tous les trois, Shuichi, Suguru et lui, avaient là le potentiel pour faire de belles choses… puis il se souvint que Bad Luck n’existait plus. À cause de lui.

 

« Vous aimez ? Vous savez, j’ai essayé plusieurs arrangements possibles, mais à mon avis, celui-ci était le meilleur, répondit le garçon sans chercher à dissimuler sa fierté.

 

- Oui, j’aime beaucoup. Et ça me touche d’autant plus que ce soit ma musique qui t’ait inspirée. Tu as vraiment un talent incroyable. »

 

Ces compliments allèrent tout droit au cœur de Suguru qui sentit une douce chaleur s’épanouir au creux de sa poitrine. Il ne parvenait pas à s’en empêcher, même s’il savait à présent avec une implacable certitude qu’Hiroshi sortait avec Sakura, et qu’auprès d’elle il paraissait déterminé à se ranger. C’était idiot, il n’avait absolument aucune chance et d’ailleurs, en aurait-il eu une… il doutait d’avoir le courage de l’assumer vis-à-vis de sa famille.

 

Mais avoir retrouvé l’amitié du jeune homme lui suffisait pour l’instant. Et puis, Sakura semblait être quelqu’un de bien. Une fois qu’il aurait trouvé le moyen de juguler sa jalousie… tout irait bien.

 

Hiroshi donna un coup d’œil à sa montre. Il commençait à se faire tard, et il avait rendez-vous avec Yuji pour dîner.

 

« Bon, Fujisaki, je vais y aller… Mais pour le planétarium, c’est ok ? »

 

Trop heureux de cette réconciliation pour le moins inespérée, Suguru hocha la tête et ils convinrent d’un rendez-vous pour le samedi suivant. Sur quoi, le jeune homme récupéra ses vêtements et quitta le petit appartement. Les choses s’étaient bien mieux passées que ce qu’il l’avait espéré au départ… et Suguru avait paru rassuré par ses déclarations.

 

Si j’y vais lentement, il y a peut-être une chance pour qu’il finisse par se décoincer…

 

C’est de bien meilleure humeur que quelques heures auparavant qu’Hiroshi enfourcha sa moto. Ils venaient de renouer le lien brisé de leur amitié… et il avait appris, juste avant de quitter le jeune garçon, pourquoi celui-ci ne l’avait pas rappelé.

 

« Et cette fois, évite de le passer à la machine ! »

 

Le cœur plus léger que depuis bien des jours, le lycéen s’éloigna le long de la rue, sans se douter un seul instant que ses explications n’avaient fait que conforter Suguru dans son idée que, en dehors de l’amitié, ils n’avaient aucun avenir possible.

 

OoOoOoOoOoO 

 

La semaine fut horriblement longue et les heures interminables. Hiroshi n'avait cours qu'un samedi sur deux, pourquoi cela tombait-il le samedi où il avait rendez-vous avec Suguru ??? Fébrile, il regardait l'heure toutes les minutes, soufflant de désespoir.


« Un problème, Nakano ? glissa Sakura. Ou... un rendez-vous galant, peut-être... Franchement, le planetarium, c'est ringard, gloussa-t-elle. La prochaine fois, c'est atelier crochet ?


- Je ne compte pas l'amener au planetarium, répondit Hiro.


- Tu lui as menti ?? se moqua la jeune fille. Vilain Hiroshi.


- Je ne lui ai pas menti, j'ai changé les plans. Nuance...


- Mademoiselle Hasumi et Monsieur Nakano, je vous dérange peut-être », les interrompit le professeur.

Les deux lycéens se turent, sous le regard noir de Shuichi.


Le reste de la leçon de mathématique se poursuivit en silence mais la jeune fille, après être restée avec Shuichi, rattrapa Nakano.


« Tu vas faire quoi, ce soir ! Dis-moi !!!!!


- Si tu veux être utile, tu n'as qu'à m'aider à choisir ma tenue. »


Sakura pesta mais monta dans le voiture.


Comme chaque week-end, Hiroshi était seul dans la grande maison. Ils déjeunèrent rapidement, firent leurs devoirs et vers 17 heures s'attelèrent au choix de la tenue d’Hiroshi. Décontractée, sexy mais correcte. Voilà ce que devait être la tenue.


« Il me préférait les cheveux longs... soupira le garçon.


- Tout le monde te préférait les cheveux longs. Y compris toi.


- Et ça, t'en penses quoi ? dit-il dans un jeans noir et un pull bordeaux à col roulé.


- Hiro... C'était ce qu'on a vu il y a une heure...


- Ça veut dire quoi ? Que c'est bon ?


- Si tu l'amènes au Pôle Nord, oui...


- Mais l'ardeur de mes sentiments le réchauffera.


- Tu vas lui sauter dessus ? Le pauvre, je devrais le prévenir...


- Non, je vais pas lui sauter dessus. Je vais... lui faire voir des étoiles !


- Ouais ben il est l'heure de me ramener et d'aller chercher ta dulcinée. »


Hiroshi sortit des bento du réfrigérateur, prit son étui à guitare et rangea le tout dans le coffre de la voiture, dont il vérifia le contenu avant de le refermer. Il préférait la moto mais sa mère était rassurée quand il était en voiture et puis là, ça l'arrangeait bien. Il déposa son amie et passa chercher Suguru.


Le garçon ne le reconnut pas tout de suite, à cause de la voiture. Ça n'est qu'une fois installés qu’Hiroshi lui annonça :


« On ne va plus au planetarium. C'est ringard.


- Oh ! On va où ?


- Surprise, surprise... »


Alors que la nuit tombait, la voiture quitta Tokyo. Ils parlaient de banalité, chacun étant trop gêné pour parler de ce qui leur tenait vraiment à coeur. Pourtant, les deux appréciaient d'être ensemble et profitaient secrètement de chaque minute.


Ils roulaient depuis quarante-cinq minutes en s'enfonçant dans la campagne profonde.


« Je ne vais pas t'égorger dans les fourrés, ne t'inquiète pas.


- Je ne m'inquiète pas, Nakano. Vous avez piqué ma curiosité. Vous avez une voiture depuis longtemps ?


- Non. Depuis mon anniversaire, début août.


- Oh, c'était votre anniversaire ?


- Oui, le 6.


- Nakano, je peux vous poser une question indiscrète ?


- Vas-y.


- Pourquoi êtes-vous retourné chez vos parents ? Vous sembliez être fier de votre petit appartement. »

Le conducteur ne répondit qu'au bout de quelques minutes :


« Mon père... Il... il a eu une attaque et il a été hospitalisé une semaine. En ce moment il est dans notre maison secondaire à Hokkaido. Je... je ne voulais pas laisser maman seule. Et puis, cet hiver au moins, je le passerai au chaud, gloussa-t-il. Pas besoin de squatter mon frère ou des inconnus », rit-il.


Le pianiste ne rit pas, lui. Aussi, Hiro se reprit :


« Attention, je ne me prostitue pas pour dormir au chaud en hiver. C'est... C'était juste un plus. Mais là, rien depuis... deux mois. »


Alors comme ça lui et Sakura n'ont pas conclu ? Elle ne doit pas être facile, elle. Et elle a bien raison ! songea Fujisaki.


« Et toi, reprit Hiro, tu as... une copine ?


- Non, ça ne m'intéresse pas.


- Un copain, alors peut-être ?


- Nakano !!!! s'offusqua Suguru.


- Pardon, ça ne me regarde pas après tout. »


Et ben voilà, t'es fixé, mon petit Hiro. Les mecs ça le branche pas... Alors... pourquoi quand il me voit accompagné, il crise ?


Le reste du trajet fut silencieux. Hiro se gara enfin. Ils étaient en pleine campagne et il faisait nuit noire. Sur le parking, qui était en fait une place aménagée sur de la terre battue, il n'y avait que le véhicule de Hiro.


« Voilà, nous sommes arrivés. Le planetarium, c'est ringard mais les étoiles... ça reste magique. Alors ce soir tu vas recevoir ta première leçon d'astronomie mais en plein air. J'ai... j'ai amené de quoi camper... si ça te dit. »


Quel plan foireux... songea Suguru.


« Mais je n'ai rien ! protesta-t-il faiblement.


- J'ai ce qu'il faut, moi ! Une tente, deux sacs de couchage, des provisions, les jumelles, ma guitare... Il ne t'arrivera rien, l'endroit est sûr. J'y suis souvent venu avec mon frère. »


Bon gré, mal gré, Suguru accepta car au plus profond de lui, ses protestations n'étaient pas si sincères que ça et il était ravi de la tournure de la soirée.


Après une marche d'une vingtaine de minutes dans la forêt, les deux garçons débouchèrent sur un petit plateau. En moins de quinze minutes, Hiroshi installa la tente puis ils dînèrent. Ils revêtirent des pulls, subtilement imprégné du parfum ambré tant aimé, prévus à cet effet et s'allongèrent l'un contre l'autre sur un plaid. D'une voix douce Nakano expliqua les bases de l'observation.


« D'abord, tu choisis les étoiles les plus brillantes comme points de référence, ensuite, tu traces des lignes imaginaires. Par exemple, tu vois l'espèce de “W”, ce sont les étoiles les plus brillantes de Cassiopée. Ce “W” représenterait la reine mythique sur son trône, en train de brosser ses longs cheveux, symboles de sa vanité. Les deux constellations voisines sont Céphée, son mari, et Andromède, sa fille. Si tu suis mon doigt, voilà Andromède. La tache allongée et un peu orangée c'est la galaxie d'Andromède. C'est la galaxie la plus proche de la Terre », expliqua Hiroshi d'un ton légèrement docte.


Il prit les jumelles, les régla et les passa à son ami, profitant de ce trop rapide contact.


Suguru laissa un petit gémissement d'admiration s'échapper.


« Elle nous parait elliptique mais c'est parce qu'elle est inclinée par rapport à nous. »


Il attendit que Suguru baisse les jumelles et continua son décryptage de la voûte céleste, lui effleurant la main dès qu'il le pouvait :


« Andromède c'est donc cette constellation et, dit-il en pointant une étoile brillante, celle-là c'est Alpha Andromedae. Elle fait la liaison avec Pégase, à gauche. »


Il ouvrit sa main et la tendit vers le ciel :


« Tu vois le carré que forme ma main ? C'est le Grand Carré de Pégase. Il est formé aussi par Alpha Andromedea, Alpha, Bêta et Gamma Pegasi. On utilise les lettres grecques depuis 1603 grâce à Johan Bayer. Elles établissent une hiérarchie luminique. Ça va d'Alpha, la plus lumineuse, à Omega. Pour les constellations, ce sont les Chaldéens, les Mésopotamiens et les Grecs qui les ont nommé et elles portent généralement des noms référant à leurs panthéons mythiques et mythologiques. Le ciel du sud fait exception à cette règle; ce sont principalement les navigateurs qui ont nommé les constellations et les étoiles qui les habitent, en ayant toujours comme base les lettres grecques pour illustrer la magnitude; la luminosité des étoiles. Les Arabes aussi ont baptisé d'un nom personnel beaucoup des étoiles répertoriées. Arcturus, Aldébaran, Ras Algethi, Sarin, Markad, Achenar, Sirius, Deneb et de nombreuses autres. »


Suguru ne disait rien mais il était impressionné par le savoir de Hiroshi.


« Quand j'était petit, j'ai voulu faire des tas de métiers. Très farfelus pour certains, mais ça ne durait pas, ceci dit. Pourtant, j'ai longtemps voulu être astronome. J'ai alors appris les cartes du ciel, le nom des étoiles majeures et un tas de trucs. Et l'étape d'après... J'ai voulu être une étoile... »

Nakano soupira doucement.


« Et maintenant, vous voulez être médecin, compléta Fujisaki, légèrement déçu.


- C'est pas si simple. Ta famille baigne dans la musique. Moi... C'est méprisé chez moi. C'est les bons à rien qui finissent là-dedans.


- Pensez-vous réellement que tous les musiciens sont des bons à rien ? L'excellence demande de la rigueur, du travail et des sacrifices aussi parfois.


- Moi, je ne le pense pas...


- Alors pourquoi quelqu'un le penserait à votre place, Nakano ? »


Le lycéen se redressa et posa son index sur les lèvres de l'autre garçon.


« Chuuuut, murmura-t-il. C'est notre nuit. Ne la gâchons pas... Maintenant, ferme les yeux et... écoute les étoiles. »


Il se leva et attrapa son étui à guitare. Il accorda l'instrument rapidement et joua des morceaux souvent nostalgiques. Pendant presque une heure, il berça son ami puis rangea l'instrument.


« On devrait se coucher. On risque d'attraper froid sinon. »


Les deux garçons se glissèrent dans un sac de couchage mais eurent du mal à trouver le sommeil.


Le lendemain, quand Suguru s'éveilla, il était seul dans la tente mais entendit Hiroshi ; il devait téléphoner :


« Oui, j'ai vu l'heure qu'il est.


- ...


-  Je peux passer te voir, ce soir ?


- ...


- Oui, je te colle mais... j'ai besoin de toi... Je ne resterai pas longtemps.


- ...


- Ok, à ce soir alors. »


Il est avec moi mais il pense à elle... songea tristement le pianiste en se frottant les yeux pour se réveiller.

Il soupira, se vêtit et sortit de la tente. Le lycéen le salua d'un grand sourire.


Malheureusement, une averse soudaine les ramena à Tokyo prématurément. Hiroshi regarda Suguru s'engouffrer dans le hall de son immeuble, le coeur serré, puis alla chez son frère.


Celui-ci grognait encore de s'être fait réveiller aussi tôt. Car ça n'était pas à Sakura qu'il avait téléphoné mais à Yuji. Ils discutèrent de longues heures. Quand Hiro rentra chez lui, il appela Shuichi, ils devaient parler.


À vouloir vivre le bonheur des autres, il avait mis son rêve de côté. Sa place n'était pas dans un hôpital ni un cabinet médical mais au firmament !

 

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