CHAPITRE VI

 

Un air de pop pêchu et dynamique tira Hiroshi de sa lecture, et il plaça un morceau de papier entre les pages de son livre avant de décrocher. Sakura l’appelait. Elle et elle seule était associée à cette musique, l’intro du single qui avait lancé la carrière de Shuichi aux États-Unis.

 

« Allô ? 

 

- Hiro ! Salut ! Je te dérange, j’espère ? 

 

- Tu l’as dit ! J’étais en train de me livrer à des ébats torrides avec une vraie bombe… »

 

Sakura gloussa.

 

« Justement, Don Juan, tu n’as pas oublié que je passais à Kyoto ce week-end ? Alors arrange-toi pour virer ta bombe de ton lit !

 

- Ah, tu es dure ! Le jeune homme rit lui aussi. Non, je n’ai pas oublié. Comment oublier un pot de colle pareil, d’ailleurs ? 

 

- Goujat !! Au fait, tu as pris ta décision ? Où vas-tu faire ton année d’internat ? »

 

Hiroshi soupira. Non, il n’avait encore rien décidé.

 

« Je ne sais pas. Bien sûr, tu me manques beaucoup, mais ici j’ai mes cours de guitare avec Ritsu et je l’aime bien, ce gosse. Et ça me garde rattaché au monde de la musique.

 

- Tes hésitations n’ont pas plutôt à voir avec la petite Narumi ?

 

- Narumi ? Qu’est-ce qui te fait penser qu’elle pourrait m’intéresser ?

 

- Hé bien, tu m’as dit qu’elle me ressemblait, elle est donc forcément très mignonne, intelligente et irrésistiblement attirante ! »

 

Ils rirent de concert, puis Sakura demanda, d’un ton sérieux qui contrastait radicalement avec la légèreté adoptée jusqu’alors :

 

« Hiro, qu’est-ce que tu ne me dis pas ? 

 

- Quoi ? Mais… rien, je t’assure. 

 

- Non, je sens bien que tu me caches quelque chose. Tu… tu as revu Issei ? »

 

L’étudiante avait été désolée et furieuse d’apprendre la manière cavalière dont le D.J. avait traité son ami, ce fameux jour où il était venu le trouver à sa sortie de travail ; Hiroshi méritait mieux que ce beau-parleur séduisant… L’interne paraissait avoir fait son deuil de la séparation, mais s’il était revenu à la charge ?

 

« Non, c’est vraiment terminé entre nous et je crois bien qu’il a compris.

 

- Alors, qui donc occupe tes pensées ? Ne me mens pas, tu sais très bien que je les sens, ces genres de choses ! »

 

Quelqu’un occupait-il réellement ses pensées ? En dehors de ses collègues de promo et les amis qu’il s’était fait parmi les internes, il ne connaissait pas grand monde à Kyoto… plus exactement, il connaissait deux personnes : Narumi, expansive et exubérante, et Suguru, timide et réservé, mais qui pouvait pourtant se montrer si bavard en certaines occasions, et dont la virtuosité musicale était tout simplement époustouflante.

 

Et dont le bref contact avec la peau nue l’avait si étrangement troublé…

 

« Honnêtement je ne peux pas te répondre, Sakura. Mais tu as raison… Il y a peut-être quelqu’un…

 

La jeune fille comprit qu’elle n’en apprendrait pas davantage et changea de sujet. 

OoOoOoOoOoO 

Hiroshi n’était pas le seul à se poser des questions. De même que l’étudiant, le pianiste avait été troublé par le contact pourtant rapide de la main du jeune homme sur sa cuisse. Rapide mais… étrangement sensuel. De plus, au cours des trois jours lors desquels Hiroshi était passé changer son pansement, ils avaient eu l’occasion de discuter et s’étaient sensiblement rapprochés. L’interne ne venait plus à présent qu’on avait suturé sa plaie, dont les points se résorberaient d’eux-mêmes, et ces brefs instants d’échange lui manquaient. Hiroshi l’avait irrité par sa propension à attirer la sympathie de tous ceux qu’il approchait, lui y compris malgré ses préventions, mais il semblait finalement que la réalité de l’étudiant était moins riante que ce qu’il l’avait cru au départ…

 

Ce n’était peut-être pas uniquement la faute du jeune homme si Narumi semblait assez distante avec lui, depuis quelques temps.

 

Le problème était que Suguru avait de plus en plus de mal à assumer sa relation avec la lycéenne. Il l’aimait sincèrement, se sentait bien en sa compagnie mais… il ne parvenait pas à aller plus loin avec elle. Or, il sentait confusément que c’était ce qu’attendait Narumi, et le fait de fréquenter quasiment au quotidien quelqu’un comme Nakano ne faisait probablement rien pour arranger les choses.

 

Suguru soupira et abandonna sa contemplation de la fenêtre de sa chambre. Était-il possible… était-il possible qu’un simple contact furtif éveille en lui presque autant de trouble qu’un baiser de Narumi ?

 

Décidément, rien n’était simple dans cette histoire. Il alla s’asseoir à son bureau et, chassant ces préoccupations de son esprit, se plongea dans ses révisions universitaires.

 

Il n’avait pas lu la moitié d’une feuille de cours que la sonnerie de son téléphone portable retentit. Le premier geste du garçon fut de ne pas décrocher, mais c’était le nom de son agent qui s’affichait sur le petit écran de son mobile, et il s’agissait donc d’un appel à caractère professionnel.

 

« Fujisaki. 

 

- …

 

- Le 11 ? Heu… Ah, mais c’est le jour où Narumi passe le test d’entrée à l’université ! Je lui avait promis de l’accompagner, il n’y a pas moyen d’avoir cette entrevue un autre jour ? »

 

- …

 

- Ah oui, je comprends… Bon, j’essaierai de lui expliquer… À bientôt, monsieur Ôda. »

 

Suguru raccrocha, songeur. Voilà qui n’allait pas vraiment faire remonter sa cote auprès de Narumi… Mais son agent l’appelait pour le mettre en rapport avec l’organisateur d’une tournée en Europe de jeunes musiciens Japonais, et pour le garçon c’était une chance unique d’aller faire ses preuves à l’étranger. Selon Ôda, il n’y avait pas de possibilité de changer de jour, et Suguru ne pouvait pas se permettre de laisser passer une opportunité pareille. Narumi serait déçue, bien sûr, mais il espérait qu’elle comprendrait.

 

À cette heure-ci, la jeune fille devait avoir fini ses cours, aussi composa-t-il sans attendre son numéro. 

OoOoOoOoOoO 

Quand Hiroshi alla rejoindre son élève pour lui donner son cours, quasiment quotidien à quelques jours du concours, il fut surpris de lui trouver un air singulièrement courroucé.

 

« Bonjour, Narumi. Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il.

 

- Oh, monsieur Nakano ! C’est… c’est Suguru. Il avait promis de m’accompagner passer le test pour l’entrée à l’université, et il m’a appelé tout à l’heure pour me dire qu’il ne pourrait pas parce qu’il avait un empêchement ! s’écria la lycéenne avec indignation.

 

- Hé bien… J’imagine qu’il doit avoir quelque chose d'important à faire, il t’a dit ce que c’était ? 

 

- Il a un entretien professionnel, expliqua Narumi d’un ton boudeur.

 

- Un entretien ? Pour quoi faire ? interrogea le jeune homme avec curiosité.

 

- Pour… pour participer à une tournée en Europe je crois. J’avoue que… j’étais en colère et… je me suis énervée, confessa la jeune fille d’une petite voix.

 

- En Europe ? »

 

L’annonce abrupte de cette nouvelle venait de provoquer un douloureux pincement au cœur d’Hiroshi. Fujisaki allait repartir ?

 

« Mais quand ? Et pour combien de temps ? 

 

- Je ne sais pas, je lui ai raccroché au nez, dit Narumi, l’air contrit. Je sais bien que c’est très important pour lui, mais j’ai parfois l’impression qu’en dehors de sa musique, rien ne l’intéresse. Vous… vous êtes tellement différent, monsieur Nakano. »

 

L’interne inspira un grand coup afin de conserver son calme et dédia un sourire rassurant à son élève.

 

« C’est le 11, n’est-ce pas ? Je peux t’accompagner si tu veux, je ne commence mon service qu’en début de soirée, proposa-t-il en s’efforçant de masquer son trouble.

 

- Vraiment ? Oh merci, monsieur Nakano ! »

 

Toute trace de morosité envolée, Narumi prit place devant ses exercices, et le jeune homme n’osa pas lui demander si elle avait suivi son conseil et proposé à son petit ami une soirée romantique à l’occasion de la Saint Valentin.

 

Le cours terminé, Hiroshi hésita à regagner directement son petit pavillon. L’annonce que, peut-être, le jeune musicien allait partir bientôt le tracassait inexplicablement. Cédant à une brusque impulsion, il alla chercher blouson et casque, enfourcha sa moto et se rendit directement au domicile des Fujisaki.

 

Toutefois, arrivé devant la maison, il se sentit un peu ridicule. Et ensuite ? Il n’était pas familier de la famille au point de rendre des visites de courtoisie, surtout sans avoir au préalable averti de sa venue, et ce qu’il avait à dire à Suguru était rien moins qu’urgent. D’ailleurs, le garçon ne se trouvait peut-être même pas chez lui…

 

« Monsieur Nakano ? »

 

Perdu dans ses réflexions, l’interne n’avait prêté aucune attention à la personne qui venait de garer sa voiture non loin du portail et se tenait à présent devant lui, l’air interrogateur.

 

« Oh ! Bonsoir, monsieur Fujisaki. Veuillez m’excuser, je ne vous avais pas reconnu. »

 

Pour tout dire, le jeune homme n’avait pas souvent rencontré le père de son petit élève depuis son retour à Kyoto. Il s’inclina.

 

« Vous venez pour une leçon ? Il n’est pas un peu tard ?

 

- Non, je… En fait, j’aurais voulu voir Suguru mais… je ne sais pas s’il est là, à la réflexion.

 

- Hé bien, entrez donc. Ce n’est pas en attendant dehors que vous serez fixé. »

 

Inhabituellement nerveux, Hiroshi suivit son hôte dans la maison. En le voyant, Ritsu fut ravi mais très surpris.

 

« Je ne savais pas que j’avais un cours ce soir ! 

 

- Tu n’en as pas, je… je suis passé voir ton grand frère. Il est là ? 

 

- Oui, dans sa chambre. Je vais le chercher ! » s’écria Ritsu en se précipitant sans attendre dans l’escalier. Il revint peu après, suivi par un Suguru à l’air assez perplexe.

 

« Monsieur Nakano ?

 

- Bonsoir, Fujisaki-san. Je… J’aimerais vous parler quelques instants, si cela ne vous dérange pas, bien entendu.

 

- Non. Venez. »

 

Tous deux passèrent dans le salon cependant que Ritsu, sur un mot de son aîné, se rendit dans sa chambre pour y faire ses devoirs.

 

« De quoi désirez-vous me parler, monsieur Nakano ?

 

- J’ai vu Okuda-chan, tout à l’heure. Je lui ai fait réviser son concours d’entrée à l’université. »

 

À ces paroles, Suguru se rembrunit mais ne dit rien. Sa petite amie avait très mal pris le fait qu’il ne pourrait pas l’accompagner à son examen et lui avait raccroché au nez sans lui laisser le loisir de s’expliquer.

 

« Elle m’a dit que vous alliez partir faire une tournée en Europe ? »

 

La question surprit le garçon, mais là encore il ne laissa rien paraître et acquiesça.

 

« Ce n’est pas encore certain. Je dois m’entretenir à ce sujet avec le coordonnateur du projet. Ce serait ma première tournée à l’étranger, vous savez. »

 

Hiroshi comprenait bien l’opportunité fabuleuse qui s’offrait à lui. Dans un sens, la décision de Shuichi avait été similaire, bien que son ami ait quitté le Japon avant tout pour suivre Yuki. Fujisaki était un musicien professionnel, et qu’il ait si jeune la chance d’aller faire ses preuves sur la scène internationale était tout bonnement incroyable.

 

« Quand débutera-t-elle, si ce n’est pas indiscret ? 

 

- Je ne sais pas encore, mais peut-être dès le mois prochain. Je dois voir cela au cours de mon entretien. »

 

Un silence un peu gêné s’établit entre eux puis Hiroshi, poussé par l’urgence, se décida enfin à demander ce dont il avait tant envie depuis des semaines.

 

« Fujisaki-san… Je voudrais que vous me fassiez une faveur. 

 

- Quel genre de faveur ? questionna le garçon, étonné et étrangement sur la défensive.

 

- Je sais que je ne suis pas à votre niveau, et de bien loin, mais… j’aimerais, si vous acceptez, interpréter un morceau avec vous. Je vous ai dit jouer du violon, et ce serait vraiment pour moi un honneur de vous accompagner le temps d’un morceau », dit-il gravement.

 

La requête était plus qu’inhabituelle, et Suguru hésita un court instant. Quand l’interne avait parlé de faveur, il avait senti les battements de son cœur s’intensifier et avait attendu… quoi donc ?

 

« Pensez-vous à un morceau en particulier ? répondit-il enfin.

 

- J’ai toujours adoré la Sonate n° 9 pour violon de Beethoven, mais je n’ai jamais trouvé personne pour m’accompagner au piano. Ou plutôt si, mais c’était plus du grand-guignol qu’autre chose… C’était il y a des années de cela, et mon ami Shuichi avait proposé de m’accompagner… au synthétiseur. Quand j’y repense, c’est dommage que nous n’ayons pas fait un enregistrement ce jour-là, relata-t-il avec un petit rire teinté de nostalgie.

 

- La Sonate n° 9 ? Je l’ai moi aussi jouée il y a longtemps, dans le cadre d’un festival scolaire. Et pour tout avouer, mon partenaire de l’époque n’était pas non plus un foudre de guerre… Pourquoi pas, monsieur Nakano ?

 

- Oh ? C’est d’accord ? »

 

Suguru hocha la tête, l’air beaucoup plus détendu que depuis le début de leur conversation.

 

« C’est d’accord, mais je ne suis pas certain que cette sonate restera dans les annales, vu que ni vous ni moi ne l’avons travaillée récemment, dit-il d’un ton léger, presque malicieux – malicieux ? Voulez-vous que nous répétions au moins une fois ?

 

- C’est que… je ne suis pas vraiment disponible en ce moment… Veuillez m’excuser, c’est moi qui vous demande de jouer avec moi et je me permets de faire le difficile. Je ne veux pas non plus abuser de votre temps. Je suis libre tout ce week-end, et… Ah ! J’avais oublié, une amie doit venir à Kyoto samedi et dimanche.

 

- Ça ne fait rien, vous n’avez qu’à l’inviter à assister à notre concert. Je n’ai pas peur de jouer en public, vous savez. »

 

Ils convinrent du dimanche après-midi pour donner leur représentation et, spontanément, Suguru proposa à Hiroshi de déjeuner chez lui, ainsi que Sakura.

 

« Comme ça se sera plus pratique, et vu que ma mère vous apprécie beaucoup, elle sera enchantée de vous avoir. Je… je proposerai à Narumi de venir aussi. J’espère qu’elle ne me teindra plus rigueur de ne pas pouvoir l’accompagner passer son test d’entrée. Elle… ne l’a pas très bien pris.

 

- Je suis certain qu’elle aura surmonté sa déception », dit Hiroshi d’un ton encourageant. Ils bavardèrent encore un petit moment, puis le jeune homme rentra chez lui, heureux à la perspective de pouvoir jouer enfin avec Suguru, mais singulièrement contrarié par l’idée de son départ prochain. 

OoOoOoOoOoO 

« Comment ça j’ai trop de bagages ? Tu es un homme ou pas ?, demanda Sakura en regardant Hiroshi de pied en cap. Ah… c’est vrai, tu es une pauvre ko-gal. Donne-les moi alors, tu pourrais te luxer une épaule. »


Au jeu « Qui va être le premier à », Nakano obtint une autre victoire : celle du premier à être surnommé. Son chef, particulièrement irascible et sensiblement comme Nakano père, ne l’aimait pas et tout d’abord à cause de ses cheveux longs et teints. Ce médecin spirituel n’avait rien trouvé de mieux que le surnommer « ko-gal », histoire de l’humilier davantage. A la longue, cela l’avait blessé mais heureusement les autres internes l’avaient gentiment détourné et Hiroshi avait fini par digérer son surnom.


Cette fois Hiroshi présenta Sakura aux Okuda. Très polie, elle conversa joyeusement avec toute la famille mais lançait de temps à autres quelques regards hostiles à Narumi. Si une fille devait lui voler son ami, elle aurait son mot à dire. Mais avant que l’étudiante ne l’égorge, l’interne l’entraîna dans son petit studio. Là, il se blottit dans ses bras, contre la douceur de sa poitrine. L’étudiante referma ses bras sur son ami. Quand Hiroshi faisait ça c’est qu’il était triste et comme il n’arrivait pas à le dire, il faisait l’enfant.


« N’en profite pas pour me peloter », murmura gentiment Sakura.


Elle ne demanda pas ce qui n’allait pas. Son ami avait besoin d’elle et elle lui donnait sans limite son affection. Quand il se redressa, il esquissa un joli sourire et déposa un baiser sur la joue de la jeune fille.


« On va manger un bout et on va chez les Fujisaki après ?


- Oui mais n’oublie pas, tu dois me présenter un de tes amis célibataires qui va devenir richissime.


- On les voit demain. Y’en aura bien un d’assez crevé qui ne verra pas tous tes défauts.


- Hé !, le gronda-t-elle en lui donnant une tape sur la tête. Je suis douce comme l’anko !


- Et moi je suis Mokona ! »


L’après-midi s’écoula doucement. Il faisait assez froid et ils préférèrent les cafés plutôt que se promener dans les rues.


Les deux Tokyoïtes repassèrent par chez les Okuda pour qu’Hiroshi prenne son violon. Il était un peu stressé. Il avait répété par-ci par-là mais jamais il ne serait à la hauteur de Fujisaki et il voulait l’éblouir.

« Je te sens tendu, Hiro. T’as pas baisé depuis quand ?


- Un certain temps.


- Ça se voit. Tu ne veux pas te soulager un peu avant de partir ??


- Vas-y, écarte donc les cuisses.


- Ne sois pas vulgaire ! Tu ne couches pas avec les prolos, moi je ne couche pas avec les ko-gals. Sérieux, Hiro-chan, tu as l’air stressé.


- Ben… je ne me suis pas vraiment entraîné et… tu comprends c’est comme si, dans une même assiette, tu sers du poisson rance et le plus fin des thons rouges. Et j’ai vraiment été idiot de débarquer chez lui à point d’heure pour ça.


- Et bien… J’ai hâte de voir celui qui te met dans cet état. On y va avec la piailleuse ?


- Non. Narumi est déjà chez son petit ami. »


Ils se présentèrent chez les Fujisaki à 16h30, pour le thé. Ils avaient pris des fleurs et des pâtisseries.

« En tout cas, mademoiselle, vous avez de la chance d’avoir un petit ami comme Nakano-kun. Mes deux fils l’aiment beaucoup.


- Et c’est un très bon professeur, surenchérit Narumi.


- Hiroshi n’est pas… mon petit ami. Nous sommes amis d’enfance et nous avons habité quelques années ensemble à Tokyo et… je veille sur ses intérêts, dit-elle en lançant un petit regard à Narumi. Par ailleurs, je crois qu’à son âge il devrait se trouver une fiancée mais il est un peu paresseux de ce côté-là. »


Hiro la regarda de travers. À quoi jouait-elle ?


« Toi aussi tu devrais te trouver un fiancé. À ton âge ma mère avait déjà un enfant. »


Tout le monde rit.


« Nakano-sensei a dit qu’il aimait bien Suguru. »


L’assemblée cessa de rire et fixa Ritsu.


« Oui, au téléphone l’autre soir il disait qu’il aimait bien Suguru.


- Ritsu ! gronda gentiment le père. Ce n'est pas bien d'écouter les conversations.


- Mais j'avais entendu la moto et j'étais allé le chercher, se défendit le petit garçon.


- Ne t'inquiète pas, Ritsu ça n'est pas grave. C’était à moi qu’il le disait, expliqua Sakura. Il est fasciné par le jeu de votre fils, expliqua-t-elle aux parents. Depuis qu’il a joué pour lui, il n’arrête pas d’en parler. Il aime beaucoup Haendel aussi ! »


L’explication était un peu branlante mais à défaut de tirer d’autres conclusions, celle-ci satisfit et tous s’en contentèrent sauf peut-être les deux concernés qui se rappelèrent la fragile caresse.


« D’ailleurs, n’était-il point le moment de vous écouter ? » demanda Narumi.


Hiroshi montra un petit signe de nervosité, cela ne devait pas être aussi officiel. Il se leva pourtant juste après que Suguru l’ait fait. Ça n’était pas le moment de se comporter comme un enfant, surtout à son âge.


Il sortit son violon de l'étui et après que Suguru lui ai donné le La, il accorda son instrument et quand ce fut terminé, il fit un petit signe au pianiste. L’exercice allait être difficile. Il avait déjà joué ce morceau mais jamais avec le jeune virtuose.


C’est pas le moment de complexer. Tu joues depuis plus longtemps qu’il ne joue du piano. Mais moi je ne suis pas pro... songea l’interne.


Suguru commença la sonate et Hiroshi se joignit à lui. Le morceau était grave, tantôt calme, tantôt nerveux.

C’était un bien étrange spectacle pour Sakura. La lycéenne dévorait des yeux le violoniste, le violoniste ne levait les yeux de ses partitions que pour croiser le regard profond du pianiste et le pianiste fuyait ou recherchait le regard bleu du violoniste.


Quel étrange trio… pensa-t-elle.


Les trois autres personnes, Fujisaki père, mère et fils fixaient fièrement Suguru. La mère affichait un sourire comblé, le père observait de temps en temps Hiroshi et Ritsu jubilait. Jamais il n’avait entendu son professeur de guitare au violon et il était ébahi.


Suguru avait légèrement bridé son jeu au début mais lui laissa libre cours par la suite. Un petit sourire ourla les lèvres de Nakano quand Fujisaki se donna enfin à lui et à partir de ce moment-là, l’intensité augmenta sensiblement. En musicienne avertie la mère du pianiste nota aussi le changement et commença à étudier Hiroshi. Quelque chose de bizarre se tramait entre les deux garçons mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Peut-être la puissance de la sonate biaisait-elle ses impressions…


Pendant la dernière minute, les deux musiciens ne se quittèrent pas des yeux. Chacun donna le meilleur de lui dans cet assaut final. Chacun donna son énergie, ses émotions et sa passion.


Hiroshi s’inclina à la fin du morceau.


« Merci beaucoup, Fujisaki-san, je n’oublierai jamais ce moment-là.


- Nakano-sempai ! C’était magnifique ! le félicita Narumi.


- Fujisaki-san, ça a été un honneur de vous entendre ! Nous devions vous voir à Tokyo mais nous avons eu un empêchement, rattrapa Sakura qui trouvait la petite amie irritante et malpolie : elle n’avait même pas félicité Suguru !


- Monsieur Nakano, vous nous aviez caché votre talent ! dit la mère du pianiste.


- Mon jeu est très modeste, madame Fujisaki. »


Après quelques bavardages, tous passèrent à table et Hiroshi et Sakura rentrèrent ; c’est Suguru qui ramena Narumi à pied.


Chez Hiroshi, Sakura se vautra sur le seul lit :


« En fait… tu n’en pinces pas pour la petite Narumi. Ça ne serait pas le jouvenceau qui t’intéresse ?


- Je ne suis pas prêt à recommencer quelque chose et de toutes façons… Il part en Europe trois mois et j’en ai assez bavé avec Issei qui était à Kyoto.


- Donc tu as envisagé quelque chose avec lui ?


- Bien sûr que non. Je t’ai dit que je ne veux pas d’une relation en pointillé.


- Il n’est pas comme Issei. Il doit être sérieux.


- Il est vierge et certainement hétéro.


- Je ne suis pas sûre. C’était intense entre vous deux sur la fin. Je t’assure ! Il y avait une telle tension sexuelle… Fais gaffe, sa mère a remarqué quelque chose aussi.


- Ah ouais ? Tu crois qu’il y a un truc possible entre nous ?


- Ça t’intéresse maintenant ??


- Non. Bon j’ai sommeil.


- C’est ça, ouais… Gare à la minette aussi. Elle veut te manger tout cru ! »


Hiroshi prit un coussin, sauta sur le lit et appuya le coussin sur le visage de son amie :


« Toi, fais attention. Sinon je te tue et je t’enterre dans la cave ! »

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Kogyaru ou Gyaru (aussi orthographié (Ko)gal ou (Ko)Girl) est une sous-culture, c'est à dire un groupe de filles et de jeunes femmes dans les villes japonaises. L'étymologie est disputée. Le terme est généralement vu comme dérivé du terme japonais pour « lycée », kōkō (
高校), mais d'autres pensent que l'origine vient de ko (), le mot japonais pour « fille » ou « enfant ». La deuxième partie gyaru vient de l'anglais gal (girl). On rencontre parfois l'orthographe kogaru mais il s'agit d'une transcription erronée du japonais kogyaru.


Généralement une kogyaru est une jeune fille de 12 à 25 ans, portant minijupes, vêtements à la mode et accessoires tape-à-l'œil. Elles portent "loose socks", chemise portée en dehors de la jupe plissée raccourcie au possible, les ongles sont fait façon "artistique", cheveux décolorés et parfois frisés, maquillée à outrance, la peau est souvent bronzée et elle peuvent aussi porter des "platforms shoes" mais ce n'est pas systématique.

 

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