CHAPITRE IV

 

Après avoir déposé les lettres, il le regretta aussitôt. Il était vraiment égoïste. Pas une seule fois il ne s’était soucié des sentiments de l’autre garçon. Huit mois auparavant il avait peut-être piétiné son cœur allégrement et aujourd’hui, il se permettait de refaire surface dans la vie du claviériste, qui visiblement n’avait pas souhaité le revoir ni même le prévenir de sa présence à Osaka.


Qu’espérait Hiroshi ? Le pardon ? L’amour ?


Il était passé près de la salle de concert où se produisaient les Bad Luck. Il aurait du être avec eux mais il était de l’autre coté. La scène ne lui manquait pas, les fans en délire non plus, la gloire et l’argent encore moins. Il pensait que seule la musique lui manquerait mais quand Shuichi et Fujisaki avaient disparu de son environnement, une partie de son cœur s’était brisée en même temps que son poignet. Le manager américain aussi lui manquait. C’est comme ça qu’il avait sombré. À perdre ses repères, il avait perdu la tête.


La foule était déjà agglutinée devant les entrées de la salle de concert même si celles-ci n’ouvraient que dans une heure. Il soupira et regagna le calme de son appartement.


Si Keiji Niwa avait été un voisin au début, il était un colocataire à présent. Les deux garçons avaient rapidement sympathisé et avaient parlé de prendre un appartement plus grand à deux. Deux filles, Makoto et Yurika, s’étaient jointes au projet et l’ancien guitariste vivait donc dans une petite maison avec trois autres étudiants. La vie à quatre se passait bien et ne manquait pas de piment. Mais ce soir il était seul. Keiji était chez ses parents, Makoto chez son petit ami et Yurika au concert.


Nakano acheta son dîner en chemin et soupa devant un DVD qu’il ne se laissait jamais de revoir. Velvet Goldmine ou le rêve glam rock de deux stars des seventies, Curt Wild et Brian Slade derrière lesquels tout mélovore retrouvait les frasques opiacées et oniriques d’Iggy Pop et David Bowie.

Le film le détourna de ses préoccupations alors quand il se termina, il prit ses livres et monta étudier dans sa chambre. Tout fatigué qu’il était, il s’assoupit assez rapidement sur son bureau.


Un bruit de clef et des pas dans l’escalier le réveillèrent. On toqua à la porte. Il grogna doucement, tentant de paraître réveillé et ouvrit. Yurika était revenue du concert et posa les deux tasses de thé chaud qu’elle avait préparées. Elle raconta avec enthousiasme le concert. Grande fan des Bad Luck depuis le début, elle avait hurlé de joie quand elle avait vu Hiroshi le jour de la rentrée. Heureusement, elle avait cessé de le harceler avec ça rapidement. Elle était fan du groupe mais surtout de Hiro, aussi ne supportait-elle pas du tout Obata qui n’avait rien à faire dans le groupe.


« C’est un usurpateur ! On devrait le pendre avec le fil de sa guitare ! »


La férocité de la jeune fille amusait Nakano. C’est le retour de Keiji qui calma la jeune fille dans sa véhémente diatribe contre le pauvre Obata. Makoto, elle, appela pour dire qu’elle ne rentrerait pas. À minuit, la maisonnette était plongée dans le calme et l’obscurité.


Dans la nuit, pourtant, un petit miaulement familier retentit dans la chambre de l’ancien guitariste. À tâtons il chercha son téléphone et décrocha sans même regarder qui appelait.


« Allô... parvint-il à articuler.


- Bonsoir, monsieur Nakano. C’est Suguru. J’espère que je ne vous dérange pas... J’ai... Je viens de lire vos lettres... et c’est à peine maintenant que j’ai écouté votre message... Je... Vous n’imaginez pas à quel point j’ai été surpris... et troublé... Je crois vraiment qu’il faut que nous parlions, tous les deux. »


La surprise passée, il regarda l’heure. 2h03.


« Salut Su… Fujisaki, dit-il en se redressant dans son lit. Je... Excuse-moi, j’ai encore tout gâché, hein ? »


Il ne laissa pas son interlocuteur répondre.


« Excuse-moi, je suis vraiment un égoïste de revenir dans ta vie comme ça ! Je fais vraiment que des conneries avec toi, on dirait que j’ai le quotient émotionnel d’une cuillère à café ! Je... »


Hiroshi allait repartir dans de plates excuses mais son ami le coupa.


« Vous me manquez aussi, monsieur Nakano », murmura-t-il.


Aucun des deux n’osa parler puis les mots vinrent d’eux-mêmes, les rapprochant, comme des liens invisibles, au fur et à mesure que les minutes passaient. Timidement, ils parvinrent à tout s’avouer. À regret l’aube les arracha à leur conversation. Une journee chargée les attendait, les empêchant de se voir mais ils se promirent de se retrouver après le concert.


Hiroshi crut mourir d’ennui tant la journée lui parut interminable. À midi il soupira et dévora son déjeuner comme si cela ferait accélérer le temps. Au lieu de ça, le reste de la journée défila au ralenti.

À dix-sept heures, il bondit hors de la salle de classe comme un diable hors de sa boite. Lui et Suguru n’avaient rien de vraiment prévu. Ils attendaient juste que K et les deux autres musiciens quittent l’hôtel et Hiroshi en profiterait pour le rejoindre dans sa chambre. Mais bien sûr, c’était après le concert. Il fallait tuer la soirée avant. Il fit traîner le dîner au maximum puis expédia ses devoirs. Vers 23h45, le claviériste l’appela. La voie était libre, les trois autres s’étaient couchés, ils partaient à l’aube le lendemain. Hiroshi se précipita à l’extérieur et rejoignit le plus rapidement possible l’hôtel. Intimidé, il toqua à la chambre 709 quinze minutes après le coup de fil.


La porte s’ouvrit et il sourit. Son ami n’avait pas trop changé. Il avait peut-être pris deux centimètres mais guère plus. Au lieu de se durcir, ses traits semblaient s’être affinés. Il resta quelques minutes sur le seuil à le contempler. En fait, il avait changé. Malgré leur douceur, les traits poupins avaient laissé la place à des traits plus masculins, mais toujours très fins. Ce n’était plus un adolescent mais un jeune homme. Le revoir était presque irréel. Suguru lui prit la main et le tira gentiment à l’intérieur.


Isolés du reste du monde, Hiroshi se pencha et embrassa Fujisaki. Il ne se précipita pas. Il dégusta son ami avec tendresse et douceur, prolongeant au maximum le baiser.


« Je t’aime », susurra-t-il.


Il avait réussi à lui dire, droit dans les yeux.


Le musicien lui rendit de manière ardente son baiser et sans qu’aucun des deux ne l’ait prévu, ils s’embrassèrent dans un élan quasi vital. Chacun laissa sa timidité et son inexpérience de coté. Dans un chuchotis de draps et de soupirs, ils scellèrent leurs retrouvailles. Maladroits et amoureux, ils luttaient contre le temps mais à 4h56 Hiroshi s’arracha des bras de son petit ami. Il caressa du regard les flancs neigeux de son amant et se pencha pour l’embrasser. Il ôta une de ses bagues en argent et la mit dans la main de Suguru.


« Je serais toujours contre toi comme ça. »


Du plus loin qu’il s’en rappelle, il avait toujours eu l’anneau qu’il lui avait donné. Il venait de sa grand-mère maternelle et était très précieux à ses yeux.


Il se rhabilla en silence. Il ne voulait pas partir. Il ne savait pas quand ils se reverraient et cette angoisse étreignait son cœur. Il s’efforçait de ne pas le montrer mais Fujisaki ressentait la même chose.

« On a pu attendre huit mois pour enfin se retrouver alors... on peut attendre quelques semaines. »


Suguru ne disait rien, le regard légèrement voilé.


« Dans un mois et demi je suis en vacances. Où que tu sois dans le pays je te rejoindrai, d’accord ? Brille sur scène pour moi et puis on s’appellera…


- Chaque soir ?


- Chaque soir et chaque matin pour se souhaiter une bonne nuit et une bonne journée. »


Drapé dans un petit peignoir bleu sombre, Suguru raccompagna Hiroshi sur le seuil de la chambre et après un dernier baiser il le regarda partir, le cœur serré.  


Un petit raclement de gorge le tira de sa rêverie.


« Alors, Fujisaki, tu as bien dormi ? minauda Obata dont la chambre était mitoyenne de celle du claviériste. Elle s’appelle comment ta copine ? En tout cas... elle t’a fait couiner toute la nuit... Tu as une jolie voix dis-moi, un vrai rossignol », dit-il en enlaçant le jeune garçon.  


Au moins la longue chevelure d’Hiroshi avait trompé le guitariste… 

OoOoOoOoOoO 

Tout s’était passé si vite que Suguru n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. À vrai dire, il s’en moquait éperdument, tout ce qui importait était qu’Hiroshi lui avait avoué qu’il l’aimait, les yeux dans les yeux. Huit mois après que ses paroles l’aient chassé loin de lui… il avait enfin trouvé le courage de laisser s’exprimer ses sentiments.


Ensuite… ensuite, la raison n’avait plus eu son mot à dire, mais l’heure était malheureusement venue trop vite leur rappeler qu’il leur fallait déjà se séparer, après s’être si brièvement retrouvé. C’était douloureux… et injuste. De longues semaines d’attente en perspective, d’autant plus frustrantes après cette première étreinte. Combien de temps encore avant de pouvoir partager à nouveau ne serait-ce qu’un baiser ?


« Dans un mois et demi je suis en vacances. Ou que tu sois dans le pays je te rejoindrais, d’accord ? Brille sur scène pour moi et puis on s’appellera…


- Chaque soir ? »


Suguru savait que sa demande était puérile, mais il avait eu tant de mal à supporter le silence de son ami, surtout au début. Entendre sa voix, même quelques minutes, l’aiderait à surmonter sa solitude. Qu’il était donc difficile de gagner enfin pour perdre juste après…


Sur un dernier baiser, Suguru ouvrit la porte de sa chambre et resta sur le seuil à regarder Hiroshi s’en aller. Il allait retourner à son lit quand un léger bruit dans son dos le fit se retourner. Daisuke Obata se tenait à quelques pas de lui, un petit sourire peint sur le visage.


« Alors, Fujisaki, tu as bien dormi ? Elle s’appelle comment ta copine ? En tout cas... elle t’a fait couiner toute la nuit... Tu as une jolie voix dis-moi, un vrai rossignol. »


Sans même attendre de réponse de la part de son camarade, il lui encercla la taille et l’attira vers lui.

« Obata ! Mais… lâchez-moi ! siffla Suguru à voix basse, car ils étaient dans le couloir. Qu’est-ce qui vous prend ?!


- Il me prend qu’à cause de ton concert privé j’ai pas réussi à fermer l’œil de la nuit, rétorqua le guitariste en entraînant le garçon vers la chambre de celui-ci. Tu n’imagines pas à quel point tes miaulements m’ont excité, Fujisaki ! »


Il pressa son entrejambe contre les reins de Suguru qui, bien contre son gré, put attester de la véracité de cette dernière déclaration. Avant qu’il ait eu le temps de dire ou faire quoi que ce soit, Obata plongea la main dans son peignoir et lui pinça un téton, lui arrachant un hoquet outragé.


« Qui aurait cru ça de toi, Fujisaki ? Tu n’es pas aussi Sainte-nitouche que ça, en fin de compte… C’était qui, cette fille ? Celle qui t’a envoyé les lettres ? Monsieur Fujisaki est un romantique dans l’âme, si j’ai bien compris… »


Il lui mordilla le lobe de l’oreille et Suguru, revenu de son état de mauvaise surprise, se libéra d’une violente saccade et s’écarta vivement de son camarade.


« Sortez d’ici immédiatement ! ordonna-t-il tout en resserrant les pans de son peignoir contre lui.


- Ou alors quoi ? Tu vas appeler à l’aide ? Prétendre que j’essaie de t’agresser ? Si ça se trouve, je ne suis pas le seul à t’avoir entendu gazouiller… Qui pourra prouver que ce n’était pas moi qui te faisais chanter, joli rossignol ? » répondit posément Obata, un petit sourire ironique aux lèvres.


« Ne t’en fais pas, je ne suis pas jaloux si c’est ça qui te fait peur… poursuivit-il en avançant vers Suguru qui recula. Je ne suis même pas amoureux de toi… Juste un petit moment ensemble, c’est tout ce que je demande. J’ai envie de t’entendre encore miauler comme un petit chat en chaleur…


Il se jeta soudain sur le garçon et, en dépit de sa résistance, l’attira contre sa poitrine et écrasa ses lèvres sur les siennes. Terrifié, Suguru redoubla ses efforts pour se libérer, mais Obata lui maintenait solidement les poignets d’une main tandis que de l’autre il le serrait de toutes ses forces contre lui. Un geignement pitoyable finit par lui échapper, et le guitariste consentit à le relâcher avec un petit gloussement moqueur.


« Hé bien ? Où est passée ta fierté, Fujisaki ? Tu as peur ? Je te sens trembler… ou est-ce mon étreinte qui te fait cet effet ? »


Il le lâcha cependant et Suguru recula aussitôt, les jambes tremblantes, la vue brouillée de larmes. Son dos buta contre le mur de sa chambre ; il ne pouvait davantage reculer.


« Ça m’excite encore plus de te voir comme ça, Fujisaki, souffla Obata avec une jubilation mauvaise. Allez, je vais être sympa, je te laisse tranquille… pour cette fois. Mais… tu n’en as pas terminé pour autant avec moi, mon joli rossignol. Je finis toujours par obtenir ce que je veux… Alors à bientôt. »


Il quitta la chambre sur un dernier petit sourire, doublement satisfait ; Fujisaki avait peur de lui, désormais, et il savait qu’il ne parlerait jamais de ce qu’il venait de se passer. En outre, il avait aperçu, sur la table de chevet, une bague. Le claviériste ne portait jamais de bijoux, à l’exception, parfois, d’une petit chaîne au cou. Il ne pouvait s’agir que d’un cadeau de la fille avec qui le garçon avait passé la nuit.


Bien, il y avait sans doute matière à travailler, avec tout cela.


Sitôt la porte refermée, Suguru se laissa tomber sur son lit, le cœur battant à tout rompre, si éprouvé que ses jambes ne le soutenaient plus. Depuis qu’il travaillait avec Obata, c’était bien la première fois qu’une chose pareille se produisait, mais s’il avait mis sur le compte de l’alcool l’incident de la veille, ce n’était plus le cas. Le jeune homme lui avait clairement fait comprendre quelles étaient ses intentions… et qu’il n’en avait pas terminé.


« Merde, c’est pas vrai… » jura le garçon à voix basse, furieux et désemparé à la fois. Pourquoi ce soir ? Après ce qu’il s’était passé entre Hiroshi et lui, le souvenir de cette première nuit ensemble serait à jamais terni par les agissements de cet imbécile… et ses menaces.


Il sentit un frisson le parcourir à cette idée. Il savait que si Obata avait tenté quoi que ce soit, il n’aurait rien pu faire pour l’empêcher. Le constat de cette impuissance le terrifia, car que ferait-il si jamais le guitariste récidivait ? Il se sentit soudain plus seul et abandonné qu’il ne l’avait été huit mois auparavant, quand Hiroshi lui avait annoncé sa décision de partir de Tokyo.

OoOoOoOoOoO 

Les Bad Luck quittèrent Osaka à 7h30. Suguru n’avait pas réussi à fermer l’œil au cours des quelques heures qui avaient suivi le départ d’Hiroshi et la visite d’Obata. Il n’avait presque rien avalé au petit déjeuner, prétextant une légère nausée, imaginaire, et une migraine, bien réelle. Obata, quant à lui, était resté fidèle à lui-même, comme si rien ne s’était passé, poussant même l’audace jusqu’à effleurer, à deux ou trois reprises, la cuisse du claviériste sous la table.


Une fois dans le minibus, Suguru se réfugia à l’avant, mit ses écouteurs sur ses oreilles et ferma les yeux afin de tenter de dormir un peu pendant le trajet, ou à défaut mettre un semblant d’ordre dans ses pensées chaotiques. Il n’avait surtout pas envie de parler avec le guitariste.


Il commençait à somnoler, quand une exclamation de Shuichi le tira de son demi-sommeil.


« Non ! Ça je le crois pas !


- Je t’assure ! Et après, j’ai vu une fille sortir de sa chambre ! »


Suguru ouvrit les yeux, tout à coup pleinement réveillé. Ce n’était pas possible, ce débile d’Obata n’était tout de même pas en train de parler de ça !


« Tu t’es trompé de chambre… Honnêtement, tu vois Fujisaki en train de faire ça avec une fille, toi ? Y’a rien qui l’intéresse en dehors de sa carrière ! dit Shuichi.


- Ça, c’est ce qu’il veut nous faire croire… parce qu’avant-hier, quand je suis rentré dans sa chambre, j’ai vu qu’il y avait plein de lettres sur son lit. C’est romantique, non ? relata le guitariste avec un petit rire. Suguru sentit ses joues le brûler. Ça allait mal se terminer, cette histoire…


- Non, je te crois pas, Obata, répondit Shuichi. Fujisaki n’est pas du genre à collectionner des lettres d’amour… Et je ne vois pas non plus qui aurait envie de lui en envoyer. C’est sûr qu’il assure au niveau musical, mais en dehors de ça, il faut reconnaître qu’il ne fait pas vraiment envie ! »


À présent totalement hors de lui, Suguru était sur le point de se lever et de dire sa façon de penser à ces deux imbéciles patentés quand les paroles d’Obata l’arrêtèrent tout net.


« J’ai la preuve de ce que je dis, puisque tu n’as pas l’air de me croire. Je parie que tu n’as pas fait attention, mais ce matin Fujisaki portait une bague à la main droite. Il ne l’avait pas avant de venir ici. Eh bien, je suis sûr que c’est un cadeau de cette fille ! Tu n’as qu’à aller vérifier », insista le jeune homme.


La bague ! Il n’y avait plus pensé… Mais de toutes manières, personne ne faisait jamais attention à ce qu’il portait, pourquoi cette fois aurait-elle été différente ? D’ailleurs, il en serait allé de même si ce demeuré d’Obata n’avait rien dit… Furieux, Suguru se leva abruptement et marcha droit vers le guitariste.

« Vous voulez la voir de plus près, ma bague ? Eh bien, la voilà ! » siffla-t-il en envoyant son poing tout droit dans la mâchoire du guitariste qui ne s’attendait pas à semblable attaque et ne put rien faire pour parer le coup.


« Et vous, monsieur Shindo ? Intéressé aussi ? »


Shuichi le regarda avec des yeux aussi grands que des sous-tasses. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais son regard se posa sur la petite bague en argent, ornée de trois fleurs de chrysanthèmes stylisées, et il parut subitement sur le point de s’étouffer.


« Mais… Cette bague… C’est celle de Hiro ! » s’exclama-t-il en saisissant Suguru par le poignet.


Avant que ce dernier ait le temps de répondre la moindre chose, Sakano s’était précipité sur eux.


« Mais ! Qu’est ce qui te prend, Fujisaki ? Obata, ça va ? »


Le guitariste se tenait la mâchoire, mâchonnant des insultes. Qui aurait cru que cette crevette avait autant de force ? Bien entendu il n’avait pas riposté, car s’il avait envoyé la même chose au claviériste, il lui aurait sans nul doute occasionné de gros dégâts. Et il n’avait pas envie de le défigurer ; non, il avait une toute autre sorte de punition en tête.


« Que se passe-t-il, Sakano ? lança K, qui conduisait et ne pouvait pas s’arrêter puisqu’ils étaient sur l’autoroute.


- Je… un différend entre Fujisaki et Obata, je… »


Suguru dégagea son poignet de l’étreinte de Shuichi.


« Rien du tout. C’est terminé », déclara-t-il d’un ton froid en regagnant son siège. Daisuke Obata garda le silence, de même que Shuichi, confondu.


« Ah, euh… » se contenta de dire Sakano, totalement dépassé par la situation, mais puisque l’incident avait pris fin de lui-même…


« Nous… nous reparlerons de ceci une fois de retour à N-G », conclut-il en allant se rasseoir aussi.


Quel abruti, cet Obata ! J’aurais dû taper plus fort !... Et cet imbécile de Shindo, toujours en retard d’une guerre, qui va ouvrir sa grande bouche ! Je serais curieux de savoir depuis combien de temps il n’a plus pris de nouvelles de son « meilleur ami » !


Cependant, Obata en avait suffisamment entendu pour en déduire l’identité de la personne qui était venue visiter Fujisaki. Il avait pensé à une fille à cause des cheveux longs… Or, l’ancien guitariste de Bad Luck avait les cheveux longs, et Shindo ne venait-il pas de reconnaître la bague comme lui appartenant ? Tout concordait… S’il s’était douté…


Alors c’est avec Nakano que Fujisaki s’est envoyé en l’air… Quand je pense qu’il m’a envoyé promener comme un malpropre… Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. D’ailleurs j’ai une idée… Cette demi-portion va regretter d’avoir osé me frapper.


Et comme ils disposaient d’un temps appréciable avant d’arriver à Tokyo, il eut tout le loisir de réfléchir.

 

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