CHAPITRE VI

 

Jamais attendre n’avait été aussi pénible pour Hiroshi.

 

Déterminé à donner sa démission après les paroles ignobles qu’il avait eues pour Suguru, il avait toutefois dû attendre le soir pour trouver la mère de son élève à la maison. Malheureusement, c’était à cette heure de la journée qu’il avait le plus de chances de tomber sur le pianiste, et il redoutait cette éventualité.

 

« Nakano-sensei ! »

 

Hiroshi tressaillit et lâcha vivement le mégot de sa cigarette qu’il écrasa sur le trottoir du bout du pied. Ritsu accourait vers lui du coin de la rue. Il s’arrêta tout net devant lui, un peu essoufflé, l’air étonné.

 

« Bonsoir, professeur. Je ne savais pas que nous avions un cours aujourd’hui ?

 

- Non, il n’y a pas de cours, Ritsu. Je… Je suis passé car j’ai quelque chose à dire à ta mère. »

 

Cette dernière arriva un instant plus tard à une allure plus modérée, mais toute aussi surprise que son fils.

 

« Bonsoir, madame, la salua l’interne. C’est vous que je suis venu voir. Puis-je vous parler un instant ?

 

- Mais bien entendu, entrez donc. »

 

Elle l’introduisit dans la maison et, tandis que Ritsu filait au salon pour y faire ses devoirs, Hiroshi déclara avec nervosité :

 

« Je… souhaiterais vous parler en privé… du moins pour le moment, dit-il avec un coup d’œil en direction du salon.

 

- C’est à propos de Ritsu ?

 

Oui, enfin… Je… Je suis vraiment désolé mais… Je ne peux plus continuer à lui donner de leçons. »

 

Un vif étonnement se peignit sur le visage de la maîtresse de maison.

 

« Et… pour quelle raison, monsieur Nakano ?

 

- Je… Mes examens finaux ont lieu dans trois mois, à la fin de ma période d’internat, et avec mes révisions je ne vais plus avoir le temps de donner des cours à Ritsu. Je… je suis désolé. »

 

Haruka Fujisaki le considéra avec gravité.

 

« Votre décision est bien soudaine, monsieur Nakano, fit-elle remarquer. Mais, bien entendu, il s’agit de quelque chose d’extrêmement important pour vous.

 

- Oui, c’est la dernière ligne droite et avec les heures à l’hôpital, je n’ai pas vraiment le temps de me consacrer à autre chose. Et après je… de toutes façons, j’aurais dû arrêter dans trois mois.

 

- C’est vraiment dommage. Ritsu vous aime beaucoup, et il va sans doute assez mal prendre cet arrêt subit de ses leçons. Vous en aviez une de prévu vendredi soir, il me semble ? 

 

- Oui, en effet, mais il va aussi falloir l’annuler, je… un collègue m’a demandé d’assurer une permanence à sa place, vous comprenez ? » mentit Hiroshi, quelque peu pris de court. Son interlocutrice le détailla d’un regard incisif que le mit mal à l’aise. Se doutait-elle de quelque chose ? Cette annonce était soudaine et précipitée, jamais il n’avait laissé paraître la moindre inquiétude au sujet de la réussite de ses examens, alors pourquoi cette brusque velléité de s’y consacrer subitement corps et âme ?

 

Toutefois, si madame Fujisaki avait le moindre doute, elle n’insista pas davantage.

 

« Hé bien, c’est vraiment regrettable. Vous faisiez un excellent professeur pour mon fils, monsieur Nakano. J’imagine que vous voulez lui faire part de votre décision ? »

 

Hiroshi était loin d’en avoir envie, mais avait-il le choix ? Le cœur serré, il suivit son hôtesse au salon.

 

« Ritsu, monsieur Nakano a quelque chose à t’annoncer », déclara la mère du petit garçon en posant sur Hiroshi ses yeux sombres. L’interne avala sa salive avec nervosité et avança vers Ritsu qui le regardait d’un air confiant.

 

« Ritsu, je… Je suis vraiment désolé, mais à partir d’aujourd’hui je ne pourrai plus te donner de cours de guitare. »

 

Un air incrédule se peignit sur le visage du garçonnet.

 

« C’est… c’est vrai, Nakano-sensei ?

 

- Oui. Mes examens de fin d’année universitaire ont lieu dans trois mois, et je vais être trop occupé à réviser pour pouvoir continuer à te donner des cours, tu comprends ? »

 

L’incrédulité laissa la place au chagrin. Ritsu se leva de sa chaise, comme pour parler d’égal à égal avec son professeur.

 

« Mais… même en venant moins souvent vous ne pourrez pas ? demanda-t-il d’une voix qui tremblait un peu.

 

- Non. Je vais avoir trop de travail. Je suis désolé, Ritsu. Je t’apprécie beaucoup, c’est la vérité, et j’aurais vraiment aimé continuer à te donner des cours. »

 

Mais il lui était impossible de continuer à venir comme si de rien n’était chez Suguru après la manière dont il lui avait manqué de respect. Il aurait vraiment trop honte s’il venait à le revoir, et il fallait d’ailleurs qu’il fasse vite. Il n’avait aucune envie de le croiser ce soir-là.

 

Les lèvres du petit garçon tremblèrent, mais c’est d’une voix ferme qu’il répondit solennellement :

 

« Je comprends. Je suis triste que vous ne veniez plus me donner de cours, mais la réussite de vos examens passe avant tout. Et… vous pouvez compter sur moi, sensei. Je continuerai à travailler pour m’améliorer comme je l’ai fait jusqu’à maintenant. »

 

Hiroshi éprouva un petit pincement au cœur. En cet instant-là, Ritsu rappelait Suguru de manière frappante, par cette façon qu’il avait de juguler ses émotions et de ne rien laisser paraître de son désarroi. Après avoir reçu ses insultes à la figure, le pianiste s’était très vite ressaisi et ne lui avait plus opposé qu’un visage glacé et hermétique. La gifle qui avait suivi, toutefois, avait clairement démontré à quel point il avait été blessé.

 

« Oui, je sais que tu continueras à travailler, Ritsu, dit-il avec un petit sourire. Et je sais aussi que tu deviendras un excellent musicien. »

 

Le petit garçon parut hésiter puis déclara avec un grand sérieux :

 

« Vous aussi, professeur, vous êtes un très bon musicien, et j’espère qu’un jour vous pourrez vivre de votre musique, parce que malgré ce qu’a dit monsieur Garai vous êtes très doué. »

 

Très touché par ces paroles, Hiroshi s’inclina.

 

« Merci, Ritsu. Je dois y aller maintenant. Au revoir, madame, et merci pour tout. »

 

La maîtresse de maison le raccompagna à la porte, mais alors qu’il traversait le petit jardin, Hiroshi s’arrêta net : Suguru poussait le portillon. Le pianiste suspendit son geste en le voyant et son visage se durcit, puis il ouvrit le portail avec un peu plus de force qu’il en aurait fallu et se dirigea vers l’entrée, sans rien laisser transparaître des sentiments qui l’agitaient.

 

« Bonsoir, Fujisaki-san.

 

- Bonsoir, monsieur Nakano. Excusez-moi, mais je n’ai ni le temps ni l’envie de discuter avec vous. »

 

Sans le gratifier d’un seul regard, Suguru passa devant Hiroshi et posa la main sur la poignée de la porte.

 

« Non, attendez, je tiens à vous présenter mes excuses pour l’autre jour. Je sais que je vous ai dit des choses odieuses mais je le regrette profondément… J’avais bu et…

 

- Et peu m’importe vos justifications, monsieur Nakano, je vous ai dit que je n’avais pas envie de parler avec vous, ni maintenant ni plus tard. Mais puisque vous êtes là ça tombe bien, j’ai quelque chose à vous rendre. »

 

Sans même refermer la porte, Suguru monta quatre à quatre dans sa chambre et prit sur une étagère le livre de voyage que l’interne lui avait offert pour son anniversaire. Il redescendit en courant, sous le regard étonné de sa mère, et tendit le livre à Hiroshi.

 

« Voilà. Reprenez-le, je n’ai aucune envie de conserver quoi que ce soit venant de quelqu’un qui n’a pas hésité à me traiter de « petite chienne » en public. Quant à La Sonate à Kreutzer, faites-en ce que vous voulez, ça m’est complètement égal. Maintenant, au revoir, monsieur Nakano. »

 

Comme l’interne ne faisait aucun geste, le garçon lui fourra l’ouvrage entre les mains puis battit en retraite dans la maison, le cœur cognant à tout rompre, partagé entre colère et chagrin.

 

Hiroshi leva les yeux vers la fenêtre de la chambre de Suguru mais n’y vit personne. Avec un profond soupir, il quitta lentement le jardin.

 

OoOoOoOoOoO

 

Shinichi referma la porte de son appartement, et ce n’est que là que Suguru se suspendit à son cou pour l’embrasser.

 

« Hé bien, quelle fougue ! dit-il avec un petit rire amusé. On dirait que ça fait des mois que nous ne nous sommes pas vus ! »

 

Il repoussa gentiment son petit ami, non sans lui avoir auparavant rendu son baiser. Le violoniste habitait un appartement dans un quartier du centre d’Osaka, non loin de la rivière Tosabori. Il avait un jour expliqué à Suguru qu’être l’aîné de cinq enfants, dont trois garçons, n’était pas forcément idéal pour travailler dans le calme, aussi s’était-il installé ici près de deux ans auparavant, tout en continuant à voir sa famille très régulièrement.

 

Ils n’en avaient pas reparlé, mais Shinichi avait bien senti que la rencontre avec Nakano, devant le bar, avait profondément bouleversé Suguru, et pas seulement à cause des insultes proférées par l’étudiant. Il avait eu beau le presser de questions, le jeune pianiste s’était borné à dire que Nakano avait un coup dans le nez et qu’il ne savait pas pourquoi il lui avait dit cela.

 

« Assied-toi, je vais nous chercher à boire. Tu veux quelque chose de frais ou tu préfères un thé, un café ?

 

- Un café, s’il te plaît. »

 

Shinichi revint avec deux cafés qu’il déposa sur la table basse devant le canapé où était assis Suguru. Pendant un petit moment ils discutèrent de choses et d’autres, puis le pianiste déclara soudain :

 

« Tu sais, Shinichi, je… je veux bien jouer la Sonate n°9 avec toi. »

 

Son petit ami le considéra d’un air étonné.

 

« Ah oui ? Mais tu m’as dit la dernière fois que tu ne connaissais pas ce morceau. »

 

Suguru baissa les yeux.

 

« Je t’ai menti. Je l’ai joué il n’y a pas très longtemps… avec Nakano. »

 

Le regard brun du violoniste se troubla.

 

« Pourquoi as-tu fait ça, Suguru ? Et surtout, pourquoi as-tu changé d’avis ? »

 

Le jeune musicien demeura muet, les yeux rivés à sa tasse vide. Il n’avait pas été honnête avec Shinichi, et ce depuis le début. Jamais il n’aurait dû encourager ses avances, car le résultat était là : il n’était pas amoureux du violoniste, même s’il appréciait beaucoup sa compagnie, et en dépit de tout ce qu’il avait pu dire ou faire, son cœur appartenait irrévocablement à Hiroshi Nakano.

 

« Je le savais pour la sonate, dit lentement Shinichi, ce qui eut pour effet de faire relever la tête à Suguru. Je savais que tu l’avais déjà jouée.

 

- Mais… comment… ? commença le garçon.

 

- C’est ta mère qui me l’a dit, la dernière fois que je suis venu à Kyoto. Ça m’a fait mal sur le coup, et je me suis demandé pourquoi tu m’avais menti, mais j’ai fini par comprendre. C’est Nakano que tu aimes, pas moi », dit Shinichi avec un faible sourire.

 

Suguru observa un court silence, honteux.

 

« Je te demande pardon… finit-il par dire, incapable de rajouter quoi que ce soit.

 

- Je pense que… dans ces conditions, il vaut mieux que l’on cesse de se voir avant que ça n’aille plus loin et qu’il y ait encore plus de dégâts, déclara le violoniste d’un ton calme. Je t’aime vraiment, Suguru, mais je ne veux pas être le simple contrecoup de ta déception. »

 

Le garçon hocha lentement la tête. Shinichi avait raison, pourquoi avait-il autant attendu ?

 

« J’ai agi comme un minable, murmura-t-il. Sauf au début, je ne savais pas vraiment si j’étais attiré par les garçons, et tu m’as plu Shinichi, j’aimais ta gentillesse et ta compréhension. Pourtant, tout au fond de moi, je pensais à Nakano et… et ce qui est pire c’est… c’est que je crois bien que je l’aimais avant que Narumi et moi ne nous séparions. Tu dois vraiment me mépriser, n’est-ce pas ? Et tu aurais tout à fait raison. »

 

Suguru se leva et ramassa sa veste.

 

« Je vais rentrer chez moi, c’est encore le mieux que je puisse faire, dit-il d’une voix abattue, mais Shinichi se leva aussi et le saisit par le poignet.

 

- Attends, ne pars pas comme ça. Je mentirais si je disais que je ne t’en veux pas de ne pas avoir joué franc-jeu avec moi, mais je vois bien que tu souffres toi aussi, et après la manière dont Nakano t’a parlé la dernière fois, je comprends mieux pourquoi tu as agi comme ça, lui dit-il.

 

- Je… Je l’ai croisé mardi dernier, il… il était venu donner sa démission de son poste de professeur de guitare. Il a commencé à s’excuser mais je n’ai pas voulu l’écouter et je… je lui ai rendu le livre qu’il m’avait offert pour mon anniversaire. Je ne le reverrai sans doute jamais », souffla Suguru, la gorge nouée, tentant de cacher sa détresse sans y parvenir.

 

« Je suis tellement désolé Shinichi, dans toute cette histoire je n’ai été qu’un égoïste, j’ai espéré… je ne sais pas quoi, de toutes façons il n’aime que les filles, je le savais et pourtant j’espérais… Je suis désolé », répéta-t-il d’une voix qui tremblait de plus en plus. Shinichi lui retira sa veste des mains et le fit se rasseoir.

 

« Je ne t’en veux pas, Suguru. J’avais fini par comprendre que tu ne m’aimerais jamais comme j’aurais voulu que tu le fasses. J’avais bien vu que tu ne pensais qu’à lui, tu sais ? Tu t’es trahi plus d’une fois, même si parfois tu n’avais même pas conscience de le faire. Comment aurais-je pu rivaliser longtemps, dans ce cas ? dit le jeune homme d’une voix posée mais étrangement réconfortante. C’est dur pour toi que ce ne soit pas réciproque, mais j’espère que tu t’en remettras rapidement. Je n’aime pas te voir malheureux. »

 

Suguru avala péniblement sa salive à travers sa gorge douloureuse. Les larmes qu’il retenait à grand-peine forcèrent le barrage de ses paupières, et il consentit enfin à pleurer.

 

OoOoOoOoOoO

 

Le nez presque collé à la vitre, Suguru regardait un peu distrait des oiseaux s’ébattre dans le ciel ; la nature suivait son cours, indifférente aux chagrins des humains. Le pianiste s’était efforcé de tourner la page mais il avait été affecté, bien plus qu’il ne l’aurait voulu. N’avait-il pas été insulté par celui qui avait dérobé son cœur ? Dans les meilleurs moments, la colère prenait le dessus sur la peine mais dès qu’il entendait la guitare de son frère, la peine reprenait l’avantage. La petite moue qui s’afficha sur visage montrait bien qu’il s’en voulait aussi de cette faiblesse.

 

La sonnerie de son téléphone portable le surprit, d’autant qu’il s’agissait de Narumi. Après les politesses d’usage, l’étudiante en vint à la raison de son appel :

 

« Ce soir nous allons à l’English Pub, avec… euh, un ami et peut-être veux-tu te joindre à nous, dit-elle.

 

- Je ne sais pas, j’ai du travail.

 

- Viiiiens ! Tu ne devineras jamais qui y joue ! »

 

Là, elle venait de marquer un point en piquant sa curiosité.

 

« Qui ça ? demanda le pianiste.

 

- Nakano-sempai ! Lui et sa copine s’y produisent un soir par semaine ! Il me l’avait caché mais Itachi me l’a dit ! Alors j’y suis allée la semaine dernière et j’ai rencontré aussi Velouria, sa petite amie. Tu savais qu’il était avec quelqu’un ? Elle est encore au lycée, ça fait un peu pervers, non ? Quoique non, après tout elle est consentante et elle a une voix superbe. »

 

Suguru soupira en retrouvant la Narumi qu’il connaissait. Bavarde, débitant sans reprendre son souffle cinq ou six informations à la fois et n’ayant pas toujours de lien entre elles.

 

« Alors, tu viens ? »

 

Elle en avait tellement dit qu’il avait perdu de vue le sujet.

 

Nakano… Encore.

 

« Non. J’ai vraiment du travail et je dois te laisser. »

 

Sans laisser son ancienne petite amie plaidoyer, il raccrocha. Nakano pouvait bien mourir écartelé que ça ne le toucherait pas.

 

OoOoOoOoOoO

 

La salle, même si très modeste, était pleine. Ce pub était réputé pour ses bières délicieuses sa musique rock, et accueillait le mardi soir des amateurs sur scène.

 

Une semaine avant leur premier concert, Velouria avait amené à son petit ami des partitions et avait annoncé de but en blanc qu’ils étaient inscrits pour se produire à l’English Pub le mardi suivant. Après moult protestations, l’interne avait accepté, après tout ça lui changerait les idées, non ? Les deux avaient fait grande impression, surtout la voix de la lycéenne, et le patron leur avait demandé de venir le mercredi soir.

 

Un peu grisé, Hiroshi rejoignit sa chanteuse. Narumi, Itachi et Kagami passeraient. Il avait retrouvé le chemin de la scène depuis trois semaines à peine mais il ne semblait déjà plus le même. Bien sûr les deux musiciens se contentaient de reprendre des morceaux existants mais il voyait le monde différemment.

 

Plus ensoleillé, comme avant, songeait-il, nostalgique.

 

S’il s’était menti ces six dernières années, la vérité l’aveuglait à présent. Aussi doué et consciencieux était-il à l’hôpital, il rayonnait sur scène, comme un poisson retrouvant l’océan. Mais il savait que cela serait fugace, un dernier plaisir avant les examens et le vrai début de sa carrière dans un hôpital tokyoïte.

 

« Un enterrement de vie de garçon avant le mariage », disait-il, amusé, en grattant rêveusement sa guitare comme si elle avait été sa maîtresse enfin retrouvée.

 

Il ne lui restait qu’un mois et demi à Kyoto et il le vivrait à fond.

 

Pourtant, ce qu’il n’avait pas prévu – ou avait évité d’y penser – était sa relation avec Velouria. La jeune fille s’en occupa à sa place de manière assez abrupte. La fameuse rencontre avec Shinichi et Suguru avait jeté un peu d’huile sur le feu de leur couple, rien qu’Hiroshi n’avait put réparer, mais l’évidence sautait aux yeux de la lycéenne : leur relation ne menait nulle part et était surtout une ancre à laquelle l’interne se raccrochait désespérément au lieu de tout mettre en œuvre pour conquérir Fujisaki. Un soir, alors qu’il la rejoignait dans le lit, elle s’assit en tailleur et planta son regard vert dans le gris :

 

« C’est fini. »

 

Le jeune homme ne comprit pas et comme il voulait l’embrasser, elle le repoussa.

 

« C’est fini nous deux » répéta-t-elle.

 

De manière prévisible, Hiroshi ne dit rien.

 

« Tu savais que ça arriverait. Je crois que tu devrais mettre tes dernières semaines ici à profit pour… pour parler à Fujisaki. Tu n’en parles plus mais je sais que tu penses à lui.

 

- Je crois qu’il a été clair. Je l’ai quand même traité de…

 

- Chienne. Je sais, j’étais là.

 

- Il… il est avec l’autre. Moi je suis juste un minable, alcoolique et frustré.

 

- Frustré, frustré. Merci pour moi. Si tu ne lui parles pas tu ne peux pas savoir… Tu retournes à Tokyo dans trois semaines, rien n’est perdu. Arrête de t’apitoyer sur ton sort et kidnappe-le, s’il le faut. »

 

C’était beau d’avoir dix-huit ans et de ne pas connaître la différence entre défaitisme et réalisme.

 

« Je veux dormir avec toi, p’tit chat. Même s’il n’y a plus de sexe entre nous », répondit tout simplement Hiroshi en enlaçant la jeune fille et en posant sa tête sur son cœur. Amants, ils n’étaient plus, mais amis, ils resteraient.

 

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