CHAPITRE III

 

L’air de bienheureuse stupidité peint sur le visage de son frère ne pouvait laisser beaucoup de place au doute ; Mika devina rapidement qui avait été à l’origine du coup de fil quelques instants auparavant.

 

« Je lui ai tout expliqué, Mika, et il m’a cru ! Ryûichi Sakuma me fait confiance, et il m’a même demandé de l’aider à retrouver le véritable voleur ! déclara-t-il avec exaltation.

 

- Et je suppose que tu as accepté ? 

 

- Évidemment ! Comme si j’allais laisser ce pauvre monsieur Sakuma tout seul dans sa détresse ! 

 

- Et comment comptes-tu procéder exactement, Kogoro Akechi ?* s’enquit la jeune femme, les bras croisés.

 

- Heu… Bah, j’en sais encore trop rien ! répondit son frère avec un petit rire désarmant et idiot.

 

- Je vois… Si cette chanson réapparaît un jour, on pourra vraiment dire que les Kamis sont bienveillants avec les simples d’esprit. »

 

Ceci dit, mieux vaut qu’il se tienne à l’écart de Tôma pendant quelques jours… Après tout, il s’est tout de même introduit dans le studio en cachette, et ce genre de chose a le don d’insupporter Tôma plus que n’importe quoi d’autre…

 

Tandis que Tatsuha planait sur son petit nuage, et que Ryûichi expliquait pour la énième fois à Kumagorô que le garçon n’était en fin de compte pour rien dans la disparition de sa chanson, Tôma ruminait de noires pensées.

 

Il semblait bien que son jeune beau-frère ne soit pas le voleur ; et si, d’un côté, c’était une bonne chose, de l’autre cela signifiait que quelqu’un s’était permis d’entrer dans le studio pour y dérober le texte. Il s’agissait forcément d’un employé de N-G, car les entrées étaient contrôlées, ne venait pas qui voulait. Et qui, parmi les centaines de personnes qui passaient chaque jour dans les locaux de N-G Productions, avait pu se rendre coupable d’un tel forfait ?

 

Personne pourtant n’était au courant de l’existence de cette nouvelle chanson. Se pourrait-il que le voleur l’ait prise en croyant qu’il s’agissait de la première version de « Moonlight mysteries » ? Il s’agirait donc d’un concurrent des Grasper qui aurait tout intérêt à ce que ce morceau ne voit jamais le jour ?

 

Tôma soupira et appuya son menton sur ses doigts entrecroisés.

 

À moins que… Ryûichi n’a parlé de cette chanson qu’à Tatsuha, mais quelqu’un l’a peut-être entendu à ce moment-là et… aura profité d’un moment où le studio était vide pour la voler…

 

Il avait beau réfléchir depuis des heures, il ne voyait absolument aucun moyen de trouver qui avait pu commettre le larcin. C’était doublement préoccupant, dans la mesure où une personne malhonnête arpentait en toute impunité les couloirs de sa société, et aussi parce que la chanson de Ryûichi avait effectivement le potentiel pour devenir un hit, et qu’il n’en existait pas de copie. Et connaissant Ryûichi, Tôma savait qu’il était absolument incapable de réécrire son texte à l’identique.

 

Si seulement j’étais allé le placer dans mon bureau…

 

Mais il était trop tard pour pleurer, et des regrets ne changeraient rien. À l’avenir, il allait lui falloir se montrer encore plus strict avec son personnel.

 

Il semblait bien qu’il allait leur falloir continuer à travailler sur la première version de la chanson… Heureusement que Noriko, en dépit de la maladie de Saki, avait pu apporter le CD sur lequel elle avait travaillé. Avec tout ça, il n’avait même pas eu le temps de l’écouter.

 

Le jeune homme sortit le CD d’un tiroir et le glissa dans le lecteur de son PC. 

 

OoOoOoOoOoO 

 

« Sois gentille, ma chérie, ouvre la bouche. C’est ton médicament, tu dois le prendre si tu veux aller mieux. 

 

- Nan. C’est pas bon, j’en veux pas. »

 

Noriko poussa un profond soupir. À chaque fois c’était la même chose ; sa fille, ordinairement obéissante et facile à vivre, devenait infernale quand elle était malade, et cette fois ne dérogeait pas à la règle.

 

La jeune femme fit mine de goûter le remède – dont l’odeur de fraise factice était en effet assez peu appétissante – et fit semblant de le trouver excellent.

 

« C’est du sirop à la fraise, c’est très bon et tu vas aimer. Allez, ouvre la bouche. 

 

- Non ! cria la fillette en détournant la tête avec obstination. C’est pas bon, c’est pas bon, c’est pas bon !! »

 

Conjurant le Dieu de la Patience des Mères de Famille, Noriko présenta à nouveau la cuillère à sa fille.

 

« Juste ça, et après tu te reposeras parce que tu as encore un peu de fièvre. Tu veux aller à l’anniversaire d’Hamako, samedi ? Alors avale ça, sinon tu ne seras pas guérie à temps et tu ne pourras pas y aller. 

 

- Non, non, non ! Je veux pas !! » rétorqua Saki dont les yeux se remplirent de larmes, signe que la crise n’allait pas tarder à éclater. Assez étrangement, si Noriko avait toujours su gérer les éclats de Ryûichi, elle se retrouvait totalement démunie et impuissante face à ceux de sa propre fille.

 

« Bon, ça suffit maintenant. Si tu n’avales pas ça immédiatement, non seulement tu… »

 

La sonnerie de son téléphone coupa court à ses menaces. La musicienne reversa en toute hâte le contenu de la cuillère dans le flacon, en versant bien évidemment la moitié à côté et, les doigts poisseux de sirop parfumé à la fraise de synthèse, elle se précipita sur son portable qui diffusait l’intro de « Be there », un ancien hit des Grasper, signal d’un appel provenant de Tôma. Celui-ci souhaitait sans doute lui donner son avis sur l’arrangement de « Moonlight mysteries » qu’elle avait apporté le matin même.

 

« Allô ? s’enquit-elle en s’essuyant tant bien que mal les doigts à un mouchoir en papier.

 

- Bonjour, Noriko. Je ne te dérange pas ? Comment va Saki ? 

 

- Ne m’en parle pas, je suis en train de me battre avec elle pour lui faire avaler son sirop ! Bon, il faut reconnaître qu’il pue, ce truc… Tu as écouté le CD que je suis passée déposer ce matin ? 

 

- Oui. Justement, c’est pour cela que je t’appelle. 

 

- Tu as aimé ? J’ai bien conscience qu’il manque encore… quelque chose… pour que ce soit totalement abouti, mais c’est bien mieux que ce que c’était avant. »

 

Tôma hésita. Devait-il parler de la nouvelle chanson – et de sa disparition ? Cela ne servirait-il pas seulement à provoquer des regrets ?

 

« Tu sais, Noriko, dit-en optant pour la vérité, qui ne manquerait pas d’être révélée par la bouche de Ryûichi,  il s’est passé une drôle de chose ce matin… »

 

Noriko écouta en silence, intriguée autant qu’indignée. Quel employé serait assez inconscient pour voler quelque chose aux Grasper – sous le nez même de Tôma Seguchi, directeur de N-G Productions ?

 

« … et donc, je ne sais pas quoi faire. Cette chanson était bien meilleure que l’autre… Tu sais de quoi Ryûichi est capable quand il se lance dans son trip créatif… J’en ai d’autant plus de regrets. »

 

En effet, Noriko savait. Et si Tôma parlait du texte en ces termes, c’est qu’il devait vraiment avoir un potentiel formidable. Raison de plus pour déplorer ce qu’il s’était passé.

 

« Et tu en es arrivé à soupçonner Tatsuha ? Vraiment, Tôma… Ce gosse vénère Ryû-chan, il ne serait pas allé lui voler quelque chose d’aussi important qu’un texte ! Ce qui me fait penser… Il était placé où, dans le studio ? Parce qu’il ne me semble pas l’avoir vu quand je suis rentrée poser le CD. 

 

- Je l’avais laissé sur la table, je crois bien, répondit Tôma après un instant de réflexion. Oui, c’est ça. Sur la table. Il n’y était pas ? 

 

- Hmm… pas que je me souvienne. 

 

- Cela met donc définitivement Tatsuha hors de cause, conclut Tôma, presque à regret. Car alors Ryûichi ne lui avait pas encore parlé de la chanson… 

 

- Comment, tu avais encore des soupçons ? Toi, alors ! Je sais que Tatsuha est parfois un peu… extrême dans son admiration, mais je ne peux pas croire une seule seconde qu’il puisse être un voleur. Non, c’est quelqu’un d’autre. C’est regrettable, mais il y a une brebis galeuse parmi tes employés. »

 

Le jeune homme fronça les sourcils à l’emploi de cette expression.

 

« Et crois-moi, Noriko, j’y mettrai le temps qu’il faudra mais je découvrirai de qui il s’agit. Je déteste que l’on joue à ce genre de petit jeu avec moi. »

 

Et vu le ton qu’il avait employé pour le dire, Noriko ne doutait pas un seul instant qu’il allait y parvenir.

 

« Enfin, ne te rends pas malade avec ça, Tôma. En parlant de malade, il faut que j’aille m’occuper de Saki. Au fait, j’ai trouvé quelqu’un pour la garder demain, donc je serai fidèle au poste, tu peux compter sur moi. »

 

Elle était toutefois un peu songeuse en raccrochant. Qui avait bien pu faire une chose pareille ? L’hypothèse Tatsuha était ridicule, mais il n’en demeurait pas moins que la chanson avait disparu.

 

« Bien ! À nous deux, mademoiselle ! s’écria-t-elle en se saisissant à nouveau de la bouteille – toute poisseuse – de sirop. Saki fit la grimace.

 

- J’en veux pas ! Il est pas bon et il pue, c’est même toi qui l’a dit, je t’ai entendue ! »

 

Noriko leva les yeux au ciel, découragée.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Tatsuha avait passé une nuit agitée – du moins dans son rêve. Métamorphosé en détective de choc (et de charme), il avait, avec le concours de Kumagorô, mené une enquête effrénée qui avait débouché sur la découverte du voleur (un employé de la compagnie du téléphone, fervent admirateur de Bad Luck et qui avait agi pour nuire aux Grasper) et la restitution de la chanson à un Ryûichi au bord des larmes et extrêmement reconnaissant.

 

« Ma chanson ! Tatsuha ! C’est toi qui l’as retrouvée ? 

 

- Oui, monsieur Sakuma, c’est moi. Ça n’a pas été facile, mais avec l’aide de Kumagorô j’ai réussi ! 

 

- Oh, Tat-chan, tu n’imagines pas à quel point je suis heureux !... Tiens, voilà pour te remercier… 

 

- Mhm… Sur… sur la bouche, monsieur Sakuma ? 

 

- Mais oui, Tat-chan. C’est parce que je t’aime vraiment, vraiment beaucoup ! 

 

- Ah… Mais moi aussi je vous aime beaucoup… Si vous me permettez… laissez-moi vous montrer toute l’étendue de mon amour ! 

 

- Ooh ! Tat-chan ! Ta main… Aaaah, il faudra… que tu m’apprennes à remercier les gens… comme ça… »

 

« Debout, espèce de faignant ! Ça fait dix minutes que je t’appelle !! »

 

Brutalement arraché à une étreinte des plus brûlantes avec Ryûichi Sakuma, Tatsuha ouvrit des yeux hagards pour apercevoir, penchée sur lui, le visage refrogné de sa sœur. Il gémit et laissa retomber sa tête sur son oreiller.

 

« Bon sang… Il a fallu que tu me réveilles juste maintenant… grogna-t-il.

 

- Lève-toi immédiatement, tu vas être en retard pour le premier office ! Père est déjà en train de s’impatienter, alors dépêche-toi ! »

 

Sur ces paroles elle quitta la chambre, marmonnant des choses heureusement inintelligibles pour le jeune moine.

 

Tatsuha bâilla et se passa la main dans les cheveux. Quel rêve ! Quelle fin de rêve, surtout… Et quel dommage que Mika soit arrivée au meilleur moment !  

 

OoOoOoOoOoO 

 

Désireuse de rattraper le retard accumulé la veille à cause de son absence, Noriko arriva à N-G de bonne heure après avoir confié Saki aux bons soins de Tsubaki, une voisine étudiante qui s’était déclarée « enchantée de garder ce petit ange ». La musicienne lui avait laissé quelques consignes et son numéro de portable puis s’était éclipsée avant que la jeune fille ait l’occasion de se rendre compte à quel genre « d’ange » elle avait avoir affaire.

 

Elle n’est pas près d’y revenir, songea-t-elle avec un petit gloussement.

 

Tôma arriva peu après, suivi un quart d’heure plus tard par Ryûivhi, qui arborait une petite mine. Sitôt qu’il aperçut sa camarade, il entreprit de narrer la mésaventure survenue à sa chanson, et les soupçons que Tôma avaient fait peser sur « ce pauvre Tat-chan », allant même jusqu’à semer le doute dans son esprit ses convictions.

 

« Mais c’est pas lui le voleur ! conclut-il d’un ton convaincu. Je lui ai téléphoné hier soit, et il m’a expliqué ce qu’il s’était passé, et pourquoi il était rentré dans le studio… Enfin, je sais que c’est pas lui qui a pris ma chanson. 

 

- Oui, je sais, dit Noriko. Tôma m’a tout expliqué. C’est vraiment dommage pour ton texte, mais ça ne fait rien, on va continuer à travailler la première version de « Monnlight mysteries » jusqu’à ce qu’on en ai fait quelque chose susceptible de devenir un tube. Allez, au boulot ! »

 

La matinée s’écoula dans une atmosphère studieuse, et quand Noriko réclama une coupure, afin de téléphoner à la baby-sitter de Saki pour savoir si tout se passait bien, il était déjà 10h30.

 

« Je vais faire vite », déclara la jeune femme en fouillant dans son petit sac à la recherche de son téléphone mobile. Comme la veille, il était encombré de tout un fatras de choses inutiles, à commencer par une liasse de dessins de Saki.

 

« Il faut vraiment que je pense à changer de sac… » soupira-t-elle en posant les feuilles sur la table afin d’avoir un meilleur aperçu au milieu de la pagaille. Ryûichi poussa soudain un cri.

 

« Oh ! Ma chanson ! »

 

Tôma, qui vérifiait quelques réglages sur son synthétiseur, se retourna vers lui.

 

« De quoi tu parles, Ryûichi ? 

 

- Ma chanson ! Elle est là ! » dit le chanteur, désignant du doigt un dessin de Kumagorô au beau milieu du paquet de feuilles sur lesquelles Saki avait laissé cours à ses élans artistiques. Surprise, Noriko regarda avec de grands yeux le dessin du lapin rose.

 

« Mais… Non, tu te trompes, Ryû-chan. Ce sont des dessins de Saki, je viens de les sortir de mon sac… »

 

Le jeune homme ramassa la feuille d’une main avide.

 

« C’est mon dessin, et c’est ma chanson, déclara-t-il en retournant la feuille, au verso de laquelle un texte était écrit, de son écriture aisément reconnaissable. Noriko en demeura bouche bée.

 

- Mais… Comment est-ce qu’elle est arrivée dans mon sac ? » s’enquit-elle, perdue. Et soudain, tout devint clair.

 

« Ah ! Je sais ! Hier matin, quand je suis venue apporter le CD, j’avais déjà les dessins avec moi, et je les ai sortis de mon sac parce qu’ils me gênaient pour chercher, comme maintenant… J’étais pressée, je n’ai pas fait attention et j’ai dû les poser sur la chanson, qui devait être retournée côté Kumagorô. Une fois le CD trouvé, j’ai repris les dessins en croyant que celui de Ryû-chan faisait aussi partie du paquet de Saki… »

 

Il ne pouvait pas y avoir d’autre explication. Ce qui signifiait…

 

« Mais alors, depuis tout ce temps la chanson était chez moi ! Dire que vous avez soupçonné ce pauvre Tatsuha de l’avoir volée… C’est de ma faute si tu l’as injustement accusé, Tôma ! »

 

Le claviériste lui renvoya un petit sourire.

 

« Oh, ça lui servira de leçon pour s’être introduit à mon insu dans le studio… Bon, maintenant que nous avons la bonne chanson, autant se remettre à travailler, non ? Tu vas voir, Noriko, avec ça on va faire un tabac ! »

 

En effet, un rapide coup d’œil aux paroles suffit à convaincre la jeune femme du bien-fondé de cette affirmation. Le chanteur surdoué, Ryûichi Sakuma, avait une nouvelle fois fait la démonstration de son génie.

 

« Oui… Avec ça, on va frapper très fort… »

 

Mais avant cela, elle avait un coup de fil important à passer.

 

« Allô ? Noriko Ukai à l’appareil. Alors, tout se passe bien ? 

 

- Ah, madame Ukai ! À quelle heure pensez-vous rentrer ? s’écria Tsubaki d’une voix affolée.

 

- Je ne sais pas… Aujourd’hui, nous avons justement beaucoup de travail… Pourquoi, il y a un problème ? 

 

- Oui ! Enfin, non, je veux dire… C’est Saki, elle… elle est un peu… difficile… »

 

Noriko ne put qu’admirer l’euphémisme employé par la jeune fille, qu’elle devinait déjà à bout de nerfs, pour essayer de dire poliment que Saki était infernale. Mais bon, elle était payée pour ça, après tout !

 

« Ah… Je ne te l’avais pas dit ? Elle est toujours un peu… grognon… quand elle est fatiguée, et c’est encore pire quand je suis là. Un peu de patience, après avoir déjeuné, normalement, elle fait un somme… »

 

C’est avec un petit rire que Noriko abandonna à son sort la baby-sitter totalement désemparée.  

 

OoOoOoOoOoO 

 

Tatsuha avait été sur des charbons ardents toute la journée. Il n’avait qu’une seule envie, bondir sur sa moto et filer à Tôkyô rejoindre son idole en détresse. Et au pire, s’ils ne parvenaient pas à retrouver la chanson… il pourrait toujours s’employer à la consoler.

 

Et il était si perdu dans un autre de ses fantasmes qu’il n’entendit pas tout de suite son téléphone sonner.

 

« Allô ? 

 

- Tat-chan ? C’est Ryûichi, na no da ! »

 

L’objet même de son obsession qui se manifestait ! Tatsuha avala sa salive et tenta de prendre un ton naturel et décontracté.

 

« Ah, monsieur Sakuma ! Alors… du nouveau pour votre chanson ? 

 

- Oui ! On l’a retrouvée ! Personne ne l’avait volée, finalement, c’est Nori-chan qui l’avait mise dans son sac sans faire attention ! 

 

- Ah ! Heu… »

 

Il s’agissait certes une excellente nouvelle, mais tout son plan de consolation tombait subitement à l’eau, et il ne savait du coup plus trop comment réagir.

 

« … Donc, on va tout faire pour la sortir rapidement, poursuivit Ryûichi, sans se formaliser le moins du monde du manque d’enthousiasme de son interlocuteur. Et moi, j’ai pensé que… Comme tu avais été soupçonné à tort du vol… Ce serait juste de te la dédicacer. Tu es content ? »

 

Les paroles du chanteur mirent un petit instant à pénétrer sa compréhension. Une dédicace ? Pour lui ? Du haut des cieux où il rayonnait, Ryûichi Sakuma avait daigné se pencher jusqu’à lui et lui dédicacer sa nouvelle chanson qui, d’après ce qu’il en avait dit, allait être un succès monstrueux ? La pièce se mit soudain à tourner tout autour de lui.

 

« Content ? Oh, monsieur Sakuma, vous ne pouvez pas savoir… C’est… c’est trop beau… Vraiment… »

 

« Tatsuha U ? C’est qui ?

 

- Je ne sais pas. Sans doute un ami de Ryûichi, puisqu’il lui dédie cette chanson. 

 

- Ah, je suis trop jalouse ! Tu imagines, un peu ? « À Tatsuha U, avec tout mon amour. » Mais si ça se trouve ?... 

 

- Noon ! Tu penses à ce que je pense ? Ce serait… plus qu’un ami ?

 

- Oh, Kami !! »

 

« … Tatsuha ? Tu es toujours là ? 

 

- Oui ! Je suis là… Je pensais juste combien… c’était gentil de votre part, monsieur Sakuma. D’autant que je n’ai rien fait de particulier dans toute cette histoire, en fin de compte. »

 

Ryûichi se mit à rire, et le jeune moine eut l’impression d’entendre carillonner des clochettes d’argent.

 

« Ça me fait plaisir, parce que tu es mon ami. Alors… j’espère que tu ne m’en veux pas trop de t’avoir accusé ? 

 

- Oh non ! Jamais ! protesta Tatsuha qui aurait pu se laisser envoyer en prison eu égard à son idole.

 

- C’est super, na no da ! Bon, Tat-chan... à bientôt, peut-être ? Si un jour tu as envie d’aller au zoo, dis-le moi… nous irons ensemble. »

 

Le garçon raccrocha, la tête dans les nuages et le cœur gonflé d’émotion. Qui aurait pu croire qu’une histoire aussi rocambolesque se terminerait d’aussi belle façon ?

 

Ne manquait qu’un baiser pour que la fête soit complète… Mais Tatsuha avait suffisamment d’imagination pour pallier à ce léger détail.

 

FIN

 

 * Kogoro Akechi : détective créé par le romancier Ranpô Edogawa, il est aussi célèbre au Japon que Sherlock Holmes en Occident.

 

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