CHAPITRE II

 

Pendant un court instant, Ryûichi eut l’impression que Tôma venait de le gifler. Sa chanson, disparue ! Volée… volée par Tatsuha ? Impossible.

 

« Mais… C’est une plaisanterie, pas vrai ? Tu me fais une blague, Tôma ? demanda-t-il, la voix incertaine.

 

- Je ne m’amuserais certainement pas à faire une plaisanterie d’aussi mauvais goût. J’ai dû m’absenter ce matin, peu après ton départ, pour me rendre à la régie. La chanson était posée sur la table… Quand je suis revenu, j’ai vu que Noriko était passée puisqu’elle avait laissé un CD, mais ton texte avait disparu, relata le directeur de N-G.

 

- Mais… C’est pas parce que j’ai parlé de la chanson à Tatsuha que ça suffit pour en conclure que c’est lui qui l’a prise ! Nous ne sommes pas rentrés dans le studio », protesta Ryûichi avec véhémence. Il faisait confiance au jeune homme, et même s’il savait que certains fans… extrêmes… étaient prêts à tout et n’importe quoi, Tatsuha n’était pas comme cela, il le sentait. De plus, Kumagorô lui avait plusieurs fois confié qu’il appréciait beaucoup le garçon, cela comptait-il pour du beurre ?

 

« Ryûichi… dit lentement Tôma, quand je suis revenu de la régie, j’ai vu quelqu’un qui filait à toute allure vers les escaliers, comme si… comme s’il s’enfuyait, tu vois ? Et malheureusement pour lui, j’ai reconnu Tatsuha. C’est lui le voleur, Ryûichi. C’est un fan, et tu sais que certains sont prêts à tout pour obtenir quelque chose appartenant à leur idole… Le problème, c’est qu’il s’agit de quelque chose de très important pour nous. »

 

Ryûichi garda le silence, accablé. Il ne parvenait pas à y croire… Tatsuha s’était pourtant toujours montré si gentil avec lui, il l’avait même accompagné au zoo… C’était vrai qu’il lui avait posé des questions sur sa chanson, mais quoi de plus normal, en fin de compte ?

 

Si c’était vraiment lui le voleur… Ce geste lui faisait l’effet d’un véritable coup de poignard dans le dos.

 

« Mais… C’est peut-être quelqu’un d’autre qui a pris la chanson, finit-il par dire, en désespoir de cause. Après tout, la porte du studio est restée ouverte… 

 

- Ryûichi, à qui d’autre as-tu parlé de cette chanson ? À Noriko ? Aux Bad Luck ? »

 

Le chanteur secoua la tête, les yeux emplis de larmes.

 

« Il n’y a donc que toi, Tatusha et moi qui connaissions son existence. Je ne crois pas aux coïncidences, et tout ce que tu m’as raconté, ajouté au fait que j’ai vu Tatsuha s’enfuir dans les escaliers… tient à établir que c’est lui le coupable. Je… suis désolé, Ryûichi », conclut Tôma en assénant une tape réconfortante sur l’épaule de son ami, dont les joues livides ruisselaient à présent de larmes.

 

Une trahison, oui, c’était ça : Tatsuha avait trahi sa confiance avec une mesquinerie qu’il n’aurait jamais soupçonné chez lui.

 

« Mais, tu… tu vas pas le faire envoyer en prison, tout de même ? »

 

Ce petit imbécile le mériterait pourtant… Mais si je fais ça Mika ne me le pardonnera sans doute jamais… « Non, rassure-toi, Ryûichi. Je vais téléphoner à Mika pour la mettre au courant, et dès que Tatsuha sera rentré elle récupèrera la chanson. Ne t’en fais pas, tout va sans doute très vite s’arranger. »

 

Ryûichi renifla et s’essuya les yeux, le moral à zéro.

 

« Je vais de ce pas téléphoner à Mika, poursuivit Tôma en se saisissant de son mobile. Je vais lui expliquer la situation et elle parlera à Tatsuha dès son retour à Kyôto. Tu… tu devrais rentrer chez toi, Ryûichi, il n’y a plus grand-chose à faire pour l’instant. 

 

OoOoOoOoOoO 

 

Mika lança un rapide coup d’œil à sa montre et soupira ; Tatsuha n’allait sans doute plus tarder… Et la conversation qu’elle allait avoir avec lui n’allait sans doute pas être des plus agréables.

 

Mon petit frère, un voleur !... Je n’arrive pas à le croire… Je sais bien qu’il est obsédé par Ryûichi Sakuma, mais de là à aller voler une chanson ! Si jamais père vient à l’apprendre, je n’ose imaginer ce qu’il se passera…

 

La conversation qu’elle avait eue avec Tôma ne cessait de repasser dans sa tête, avec la persistance d’un mauvais refrain.

 

« Comment ça, il a volé cette chanson ? Tôma c’est ridicule, je connais mon frère, il peut parfois se laisser emporter quand il s’agit de ton chanteur, mais… il est incapable de faire une chose pareille ! Je le sais ! 

 

- Je l’ai vu, Mika. Il quittait le couloir en courant, et pourquoi n’a-t-il pas pris l’ascenseur ? Il a certainement voulu m’éviter… Personne en dehors de Ryûichi, ton frère et moi n’étions au courant de l’existence de ce texte… »

 

Tôma marqua une pause.

 

« Je veux simplement le récupérer, Mika. Ça n’ira pas plus loin, après tout Tatsuha n’a que seize ans, c’est juste un gamin qui n’a pas réfléchi et a cédé à une impulsion. C’est pour cela que je t’en parle. Quand il rentrera, demande-lui de te remettre cette chanson, et nous ne reparlerons plus de cette histoire. »

 

Voilà pourquoi la jeune femme attendait avec impatience le retour de son cadet. Ce que lui avait raconté Tôma était cohérent… Elle savait que Tatsuha vouait une admiration sans bornes à Ryûichi Sakuma, sans doute la tentation avait-elle été trop grande pour le jeune moine qui avait profité d’un instant où il était seul pour pénétrer dans le studio inoccupé et dérober le texte écrit de la main même de son idole…

 

Mais tout de même, il s’agissait d’un vol ! Et dans la famille Uesugi, ce genre d’action n’était pas tolérable.

 

Absorbée dans ses réflexions, Mika n’entendit pas son frère regagner la maison familiale, et elle tressaillit quand Tatsuha la salua d’un « Mission accomplie, soeurette ! » triomphal.

 

« Tatsuha ! s’écria-t-elle en se mettant debout d’un bond.

 

- J’ai bien remis l’enveloppe à ton cher et tendre époux », poursuivit le garçon sans prêter aucune attention à l’air grave et consterné peint sur le visage de sa sœur aînée. Il ôta son blouson et fit coulisser le panneau qui donnait sur un couloir intérieur dans lequel il allait disparaître, quand Mika l’arrêta.

 

« Tatsuha, attend ! Il faut que je te parle. »

 

Intrigué, le garçon se retourna. Sa sœur avait l’air terriblement préoccupée.

 

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Il s’est passé quelque chose pendant que j’étais à Tôkyô ? »

 

La jeune femme inspira profondément.

 

« Tatsuha… Tôma m’a téléphoné tout à l’heure… 

 

- Il est arrivé quelque chose à monsieur Sakuma ? l’interrompit le jeune moine, immédiatement alarmé. S’il jouait la comédie, il le faisait remarquablement bien…

 

- Tu le sais parfaitement, tu lui as volé une chanson, asséna Mika sans se départir de son air sévère. Alors Tatsuha, s’il te plaît, donne-la moi sans rien dire, et… je te promet de tirer un trait sur ce malencontreux incident. »

 

Le garçon dévisagea sa sœur avec de grands yeux, effaré. Mais de quoi parlait-elle ?

 

« J’ai… volé une chanson ? Moi ? »

 

Mika tenta de conserver un visage impassible, mais intérieurement elle grimaça. Le pire des scénarios était en train de se jouer, son frère refusait de reconnaître son acte.

 

« Ne me prends pas pour une idiote, Tsu, dit-elle sèchement. Tôma t’a vu. »

 

Elle était sérieuse. Tatsuha fronça les sourcils, perplexe.

 

« Je ne comprends pas de quoi tu parles, Mika. Si c’est une blague, elle est vraiment nulle. Je n’ai rien volé du tout, je ne suis pas un voleur ! Qu’est-ce que Seguchi est allé te raconter ? Il prend des substances illégales ou quoi ? 

 

- Ce n’est pas sous le lit de Tôma que j’ai un jour retrouvé le mégot d’un pétard, alors tu ferais mieux de ne pas trop t’aventurer sur ce terrain là, rétorqua sa sœur dont les yeux gris reflétaient à présent une sourde colère. Sakuma a écrit une nouvelle chanson, il l’a apporté ce matin à N-G. Or elle a disparu, et Tôma affirme t’avoir vu t’éloigner du studio où se trouvait ce texte. Il te soupçonne, alors je veux savoir ce qu’il en est. »

 

Ainsi, c’était de cela que Mika parlait, « Moonlight mysteries »… La dernière perle du grand Ryûichi Sakuma, futur hit des Nittle Grasper ! Et elle avait disparu ?

 

« Je… Oui, monsieur Sakuma m’a parlé de cette chanson. Je l’ai rencontré ce matin dans un couloir tandis que je cherchais Tôma pour lui donner l’enveloppe. Nous avons un peu discuté, et c’est là qu’il m’a dit qu’il avait écrit un nouveau texte. Mais… Je ne l’ai pas volé ! Seguchi raconte n’importe quoi ! D’ailleurs, il n’était même pas là ! » protesta le garçon, indigné.

 

« Et puis c’est complètement ridicule de m’accuser, la porte du studio était ouverte à tous vents, n’importe qui a pu rentrer et voler cette chanson ! »

 

Mika soupira et croisa les bras.

 

« Tatsuha, comment sais-tu que la porte n’était pas fermée ? »

 

Catastrophe. Le jeune moine réalisa qu’il venait tout juste de se piéger.

 

« Mais… Mais parce que… Optant subitement pour la vérité, il avoua : D’accord, je reconnais que je suis entré dans le studio après le départ de monsieur Sakuma. Je… je voulais simplement jeter un coup d’œil sur la chanson. Mais je n’ai pas réussi à la trouver, il y avait trop de désordre et… je suis ressorti, de peur de me faire pincer par Tôma. C’est vrai, Mika. Je voulais juste voir les paroles. Je ne suis pas un voleur », conclut-il d’une voix plus assurée qu’au début de sa phrase. Sa sœur demeura silencieuse.

 

« Tu dois me croire, Mika ! Je… J’admire monsieur Sakuma, jamais je ne pourrais lui faire du tort comme ça ! Crois-moi, s’il y a bien une personne sur cette terre qui souhaite que cette chanson soit enregistrée, c’est bien moi, jamais je ne serais allé faire quelque chose d’aussi stupide ! » insista Tatsuha avec véhémence. « Tôma se trompe !! »

 

Il paraissait sincère, et Mika savait au fond d’elle-même que son frère n’était pas un voleur. En revanche, il était parfaitement capable de prendre des risques insensés et braver tous les interdits pour avoir le bonheur d’être le premier à poser le regard sur un texte écrit de la main de son idole… Ceci était plausible, pas le vol. Rassurée, mais toujours en colère, elle secoua la tête d’un air navré.

 

« Je te crois, Tsu, mais… Tu ne grandiras donc jamais ? Tu n’aurais pas dû entrer dans ce studio, voilà où nous en sommes maintenant. Car il n’en demeure pas moins que cette lettre a disparu. 

 

- Rappelle ton mari et répète-lui ce que je viens de te dire ! 

 

- Et tu crois que Tôma va bien prendre le fait de savoir que tu es venu fouiller dans ses affaires ? Vraiment, Tatsuha… parfois, je me demande si tu finiras un jour par te comporter de manière responsable. »

 

Elle alla cependant décrocher le téléphone et composa le numéro de Tôma qui répondit presque immédiatement, comme s’il n’avait fait qu’attendre son coup de fil. Elle lui répéta tout ce que lui avait dit son frère et conclut sur ces mots :

 

« Ce n’est pas lui qui a la chanson. C’est quelqu’un d’autre qui l’a volée. »

 

Tôma prit une profonde inspiration.

 

« Mika… Et s’il t’a menti ? Quand je l’ai vu disparaître dans les escaliers, il n’avait pas le visage de quelqu’un qui a la conscience tranquille. 

 

- Il venait de sortir du studio et craignait de tomber sur toi… Tôma, je sais que mon frère n’est pas un voleur. Il peut parfois se conduire de manière parfaitement stupide, mais il n’a jamais rien pris qui ne lui appartenait pas. Nous n’avons pas été élevés comme ça… Ce n’est pas lui. »

 

Tatsuha suivait la conversation en silence, assis sur une chaise. Jamais il n’aurait pensé une seule seconde se retrouver un jour dans une pareille situation ! Si seulement il avait écouté la voix de la sagesse et était reparti après avoir confié l’enveloppe à Ryûichi… Mais il était trop tard pour se lamenter.

 

La discussion entre Tôma et Mika dura encore un peu, puis la jeune femme raccrocha enfin avec un soupir dont on aurait eu du mal à dire s’il était las ou irrité.

 

« Alors ? s’enquit le jeune moine avec impatience.

 

- J’ai eu du mal, mais j’ai réussi à le convaincre que tu n’étais pour rien dans la disparition de cette chanson. Ce qui n’enlève rien au fait que tu as agi de manière particulièrement irréfléchie, et qu’à ton âge il serait temps que tu commences à te servir de ta tête. »

 

Tatsuha sentit alors qu’il allait avoir droit à un long sermon… et quelque part, il l’avait bien mérité. 

 

OoOoOoOoOoO 

 

Après que Tôma l’ait congédié, Ryûichi n’était pas rentré directement chez lui. Plus encore que la disparition de sa chanson – dont il n’avait pas fait de copie – c’était l’acte odieux de Tatsuha qui l’affectait. Il avait toujours fait confiance au garçon, il était même allé jusqu’à lui confier un secret de cette importance… et celui-ci avait profité de la première occasion pour le trahir.

 

Le cœur meurtri par la déception et la tristesse, le chanteur et son fidèle Kumagorô avaient fini par trouver refuge dans un petit jardin d’enfants, inoccupé à cette heure du jour. Ryûichi s’était assis sur un banc et avait posé sa peluche sur ses genoux.

 

« Tôma ne m’a rien dit, mais j’ai bien vu qu’il n’était pas content que j’ai parlé de ma chanson à Tatsuha, confia-t-il au lapin rose. Parce qu’à cause de ça… Tatsuha l’a volée dans le studio. Moi, je pensais que c’était mon ami, c’est pour ça que je lui en ai parlé. Mais en fait… je m’étais trompé. »

 

L’heure du déjeuner était passée depuis longtemps quand Ryûichi, le moral bien bas, se décida à rentrer chez lui. Il n’avait pas envie de retourner à N-G, Tôma n’était pas d’humeur à travailler, de plus, il n’y avait plus rien sur quoi travailler. Une fois chez lui, le jeune homme se laissa tomber sur son canapé et assit Kumagorô à côté de lui.

 

« Peut-être que si j’appelle Tatsuha pour lui demander de me rendre ma chanson il acceptera ? Si je lui explique que je ne me rappelle pas des paroles… Tôma a dit qu’il allait s’en occuper, mais c’est ma chanson, et c’est à cause de moi que tout ça est arrivé. C’est à moi de réparer les dégâts. »

 

Le chanteur avait le numéro de téléphone du garçon depuis qu’il avait fait sa connaissance un soir, dans le petit bar où les Nittle Grasper avaient l’habitude de se retrouver autour d’un verre. Oui, c’était la meilleure des choses à faire… Il sélectionna le numéro dans le répertoire et valida. 

 

OoOoOoOoOoO 

 

La litanie de griefs de Mika à l’encontre du comportement « irresponsable » de son cadet s’égrenait comme les perles d’un chapelet depuis près d’une demie heure quand la sonnerie d’un téléphone coupa court aux récriminations de la jeune femme. Il s’agissait de « Sleepless beauty », un hit récent des Grasper, et Tatsuha plongea aussitôt la main dans la poche de son jean.

 

« Attends ! Je n’ai pas terminé… protesta sa sœur, mais le garçon avait déjà décroché.

 

- Allô ? 

 

- Heu… Tatsuha, c’est toi ? C’est Ryûichi Sakuma… »

 

Le jeune moine sentit très distinctement son cœur cesser de battre avant de repartir à un rythme effréné. Plantant dans le salon une Mika indignée, il s’enfuit au galop dans sa chambre.

 

« Oui, c’est bien moi monsieur Sakuma ! Que… Pour quelle raison m’appelez-vous ? »

 

Pourquoi le radieux papillon s’abaissait-il à parler au ver qui se traînait dans la fange ? En d’autres circonstances, Tatsuha aurait été transporté, mais…

 

« Tatsuha… Est-ce que c’est toi qui as pris ma chanson, ce matin ? » demanda Ryûichi, et sa voix recelait tant de tristesse que le garçon en eut le cœur brisé. Et tout cela à cause de… d’une embrouille ridicule dont il entendait bien trouver la solution, ne serait-ce que pour faire revenir le rire dans la voix de son idole.

 

Et pour que l’on cesse enfin de le considérer comme un voleur !

 

« Monsieur Sakuma… Je vous le jure sur… sur la tête de Kumagorô, ce n’est pas moi qui ai pris votre chanson. C’est la vérité. Monsieur Seguchi se trompe, je… J’avoue, après que vous m’avez laissé seul dans le couloir, je ne suis pas reparti directement, j’ai profité qu’il n’y avait personne pour entrer dans le studio. Je voulais simplement jeter un coup d’œil sur votre chanson. Vous comprenez, je vous admire tellement que… que j’ai voulu la voir. Jamais je ne l’aurais volée, sachant ce qu’elle représentait pour vous, je… Je respecte trop votre travail… »

 

Il espérait de tout cœur que sa sincérité transparaissait dans sa voix, car il n’avait sinon aucun autre moyen de convaincre Ryûichi de son innocence… Et la seule idée que la personne qu’il admirait le plus au monde puisse le tenir pour un vulgaire voleur l’anéantissait.

 

« … Tu aurais dû me demander, si tu voulais la voir, dit doucement Ryûichi après un instant de silence. Je te l’aurais montrée… 

 

- Monsieur Sakuma… Vous me croyez ? s’enquit Tatsuha sans oser y croire. Je vous jure que je n’ai rien volé ! Quand je suis rentré dans le studio, je n’ai pas trouvé votre chanson. Je ne savais pas où elle était placée, et je n’ai pas osé fouiller. Je n’y ai pas touché, je vous supplie de me croire !! »

 

Il était au bord des larmes, car s’il lui était désagréable d’être traité de voleur par Tôma, le même qualificatif était insupportable dans la bouche de Ryûichi. Il en allait plus que de son honneur, c’était… son intégrité même qui était remise en question.

 

« Oui… Je te crois, Tatsuha, répondit le chanteur. Je n’ai pas voulu croire ce que disait Tôma au début, mais… il a tellement tout bien expliqué… Il a dit qu’il t’avait vu, alors j’ai fini par le croire, mais j’ai eu mal parce que j’avais l’impression qu’un ami venait de me trahir, dit-il d’un ton grave, si différent de la voix insouciante et joyeuse qu’il avait la plupart du temps.

 

- Monsieur Sakuma… 

 

- Alors je suis vraiment content que ce ne soit pas toi le voleur, na no da ! explosa soudain Ryûichi à l’autre bout de la ligne, retrouvant aussitôt son allégresse. Dis, Tat-chan, tu m’aideras à chercher le vrai voleur ? »

 

La requête était inhabituelle, mais émanant du grand Ryûichi Sakuma, Tatsuha ne prit même pas la peine de réfléchir un quart de seconde avant de répondre : « Bien sûr ! 

 

- Ouiii ! Merci, Tat-chan, je suis certain qu’à nous deux – et Kumagorô – nous allons retrouver celui qui a fait ça, et il va passer un mauvais quart d’heure, c’est moi qui te le dis ! »

 

Quand il raccrocha, Tatsuha était si euphorique que, pas un seul instant, il ne se posa la question de savoir comment il allait faire pour honorer sa promesse.

 

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