CHAPITRE IV

 

À l’aller, avait eu des appréhensions quant à la nuit qu’il aurait à passer avec Hiroshi. Il n’y avait rien eu. Suguru aurait dû aller mieux. Mais la situation était pire qu’avant. Il avait beau essayer de se concentrer sur le paysage qui défilait, un énorme nœud lui tordait le ventre. Sa relation avec Hiroshi lui échappait. Où était le charmant professeur de guitare, prévenant et un peu timide ? Peut-être qu’il s’était voilé la face et avait refusé de voir sa vraie personnalité. Il se rappelait cette fille qui l’avait giflé dans un café un an plus tôt. Une rencontre de hasard qui semblait avoir été monnaie courante chez l’ancien interne. Et c’était quoi ce recrutement de colocataire d’après le physique ? Le prince charmant n’était-il qu’un prince hypocrite ?

 

Chez lui, la maison était vide. Il s’installa au piano et laissa ses doigts effleurer les touches. Sans s’en rendre compte, il jouait la partie piano de la Sonate à Kreutzer. Leur sonate. Sans le violon, le piano se sentait seul, incomplet, comme l’était Suguru à ce moment précis. Il se sentait toujours vaseux mais pour la première fois, durant le court instant dans les bras de son petit ami, il s’était senti invulnérable et à l’abri de tout. Pourquoi n’était-ce pas toujours le cas ? Il soupira et referma le cylindre ; une douche lui ferait le plus grand bien.

 

Sous le jet d'eau revigorant, il repensa à l’étreinte protectrice de Nakano. Une chaleur familière commença à brûler au creux de ses cuisses. Il laissa sa main glisser pour calmer le feu mais son téléphone sonna. Shinichi, lui apprit la mélodie. Il hésita un instant puis s'enroula dans une serviette et décrocha.

                      

« Allô ?

 

- Comment vas-tu, Suguru ? Je ne te dérange pas ?

 

- Non, dit le garçon. Ça va bien, et toi ?

 

- Superbement. Mais… je trouve que tu as une petite voix. Tu es sûr que tout va bien ?

 

- Je… »

 

Par où commencer ? Le kiseru ? Hiroshi ?

 

« J'étais à Tokyo. C'était l'anniversaire de… d'Hiroshi hier.

 

- Oh. Mais ça c'est mal passé ?

 

- Non. Enfin… J'ai mangé trop de gâteau et… j'ai fumé le kiseru et…

 

- Tu as fumé ??

 

- Il y avait deux de ses ex. Un homme et Velouria, tu sais nous les avons croisés une fois, le soir où… où Hiroshi était ivre. Monsieur Mizutani fume le kiseru et Velouria aussi s'y est mise alors… J'ai voulu le faire moi aussi.

 

- Tu n'es pas jaloux, dis-moi ?

 

- J'en ai assez de voir ces deux-là rôder autour de lui.

 

- Ne t'inquiète pas, les deux ne comptent plus. S'ils ne sont plus ensemble il y a forcément une raison mais surtout… pourquoi avec quelqu'un comme toi, irait-il voir ailleurs ? Vous avez eu du mal à vous trouver alors il ne gâcherait pas sa chance. »

 

Avec un petit pincement au coeur, le pianiste se dit que son ancien petit ami était vraiment doux et trouvait toujours les mots qu'il fallait. Peut-être était-ce pour cette raison que le week-end en Hokkaido s'était si bien passé.

 

« Je… je n'ai pas confiance en lui, je crois. Il… Le soir même de mon anniversaire il a voulu que nous… que nous allions plus loin. Et depuis… il ne pense qu'a ça. Il… Nous sommes allés au Fuji rock festival et même dans la tente il a voulu et aussi chez lui. Je… je trouve ça écoeurant.

 

- Calme-toi. Il t'a forcé ? Vous l'avez fait ?

 

- Non, non il ne me force pas et il ne s'est rien passé mais à chaque fois que je le vois, j'ai peur que nous le fassions.

 

- Lui en as-tu parlé ?

 

- Non, je n'ose pas.

 

- Parle-lui en. Ça ne sera que bénéfique.

 

- D'accord. Merci, Shinichi.

 

- Je t'appelais pour te dire que je passe à Kyoto la semaine prochaine et j'aimerais bien te voir si tu es disponible, bien sûr…

 

- Avec plaisir ! » se réjouit le pianiste en poursuivant sa conversation, complètement détendu.

 

OoOoOoOoOoO

 

Deux semaines s'écoulèrent lentement, ponctuées de coups de fils. Cet éloignement ralluma le désir chez Suguru et comme son petit ami jonglait à présent avec deux boulots, c'est lui qui vint à Tokyo, confiant.

 

Le spectacle qu'il vit en sortant de l'ascenseur ralluma autre chose que son désir : sa jalousie. Une nymphette était adossée contre le mur, poitrine en avant et minaudait :

 

« J'espère que mon dossier te plait. Hasumi nous parle souvent de toi. On pourra faire plus ample connaissance si nous habitons ensemble. »

 

Habiter ensemble ? Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? Ah oui, Nakano lui en avait parlé : Sakura quittait Tokyo et lui avait laissé une liste de postulantes pour prendre sa place dans l'appartement.

 

« Attention, ça va être dur d'être à la hauteur de Sakura. Ça fait longtemps que je la connais.

 

- Si tu me laisses uné chance, je te la ferai oublier. Je dois y aller mais appelle-moi quand tu veux pour me dire quand j'aménage. À plus tard.

 

- À plus tard », répondit Hiroshi en laissant ses yeux traîner un peu sur les fesses de la jeune fille.

 

Quand il les releva, deux yeux noirs furibonds le fixaient. Un large sourire lui éclaira le visage, faisant fi de la mauvaise humeur du pianiste.

 

« Suguru ! s'exclama-t-il. Tu es déjà là ?

 

- Oui, répondit Suguru. Et j'ai pris une décision. C'est moi qui vais venir habiter avec vous ! »

 

À l’instant où ces mots franchissaient ses lèvres, Suguru prit conscience qu’il venait de se jeter de lui-même dans la gueule du loup. Cohabiter avec Hiroshi, seul avec celui-ci, sous-entendait forcément qu’il n’aurait plus la moindre excuse pour se dérober à ses étreintes mais… tout valait mieux que laisser un succube pareil à celui qui venait de s’en aller installer ses quartiers dans cet appartement.

 

« Toi ? Tu… tu veux venir habiter ici ? s’enquit Hiroshi, surpris mais ravi.

 

- Hé bien oui, n’est-ce pas normal dans la mesure où je suis votre petit ami ? répliqua le pianiste avec un peu d’humeur après avoir surpris le regard concupiscent avec lequel Hiroshi avait étudié le fessier de la demoiselle.

 

- Mais c’est génial ! Tu sais, je n’aurais jamais osé te le proposer, de peur que tu penses que j’allais trop vite en besogne mais… Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureux ! »

 

Le couloir était vide aussi le jeune homme étreignit-il son petit ami avec fougue avant de l’embrasser goulûment.

 

« Nous ferions mieux de rentrer, lui glissa-t-il à l’oreille, et tu m’expliqueras tout ce qui concerne ton installation à Tokyo. »

 

Et voilà. Maintenant il ne pouvait plus revenir sur sa déclaration, et Suguru se demandait comment, en effet, il allait gérer les conséquences de sa si soudaine décision.

 

« Sakura-chan ! Ça y est, j’ai trouvé qui allait te remplacer ! » appela Hiroshi en refermant la porte de l’appartement. La jeune fille arriva peu après, décontractée dans une petite robe de coton vieux rose, les cheveux retenus sur la nuque par une pince.

 

« Alors c’est Makimura qui a décroché le pompon ? Méfie-toi, elle apprécie beaucoup les grands bruns aux cheveux longs… Oh, bonjour Fujisaki-san ! Comment allez-vous ?

 

- Non, ça n’est pas ta collègue qui va emménager avec moi mais Suguru, annonça Hiroshi, radieux, en passant son bras autour des minces épaules de son petit ami.

 

- Ah oui ? » Un sourire entendu se dessina sur les lèvres de Sakura. « Mais c’est encore le mieux, finalement. Félicitations pour votre installation ! »

 

Suguru rougit mais ne se démonta pas. Et puis, peut-être qu’une fois qu’ils habiteraient ensemble, Hiroshi serait plus enclin à la patience et parviendraient-ils, petit à petit, à se découvrir avant d’aller plus loin ?

 

« Alors dis-moi, tu as déjà prévu ce que tu allais faire une fois à Tokyo ? Où vas-tu travailler ? Et pour tes études ? » le pressa de questions son petit ami et le pianiste songea avec quelques remords que, en effet, la jalousie était aussi mauvaise conseillère, sinon plus, que la colère.

 

OoOoOoOoOoO

 

L’un dans l’autre, il ne lui restait qu’un peu plus d’une semaine pour régler toutes les formalités de son déménagement. Quand il y repensait, il se demandait comment il avait pu prendre une décision aussi soudaine. Il s’était toujours considéré comme quelqu’un de réfléchi et là, à la vue de cette fille qui tortillait du croupion devant son petit ami, il avait laissé ses sentiments prendre le meilleur sur sa raison. Dans un sens, toutefois, ce n’était pas plus mal. Il se souvenait s’être fait la réflexion, le soir de son anniversaire, que lui seul n’avait pas changé. Hé bien, c’était l’occasion de le faire. Seulement, s’il pouvait emménager rapidement à Tokyo, il ignorait s’il retrouverait aussi vite du travail, et même s’il avait l’habitude de s’éloigner de sa famille à l’occasion de ses tournées, il n’avait encore jamais eu à vivre seul et il redoutait un peu ce nouvel aspect de son existence.

 

Mais je ne serai pas seul, de toutes façons. Et puis, je ne suis plus un enfant.

 

Bien que très surprise par la soudaineté de cette décision, sa mère n’avait cependant pas cherché à le dissuader. Suguru était majeur et elle savait qu’il avait la tête sur les épaules. S’il estimait qu’un changement lui serait favorable, elle ne voyait aucune raison de l’empêcher de partir. Selon son credo, toute nouvelle expérience était bonne à prendre et son fils pourrait toujours, en ultime recours, se tourner vers son cousin Tohma Seguchi, directeur de la célèbre maison de productions N-G, afin qu’il lui donne un petit coup de pouce.

 

« Mais je ne pense pas que cela sera nécessaire, conclut Haruka d’un air convaincu. Je suis certaine que tu retrouveras facilement un poste de professeur. En parlant de ça, il va te falloir un piano. Je vais en parler à ton père, à moins que je puisse m’arranger avec Tohma…

 

- Maman, je peux me débrouiller tout seul ! protesta Suguru.

 

Mais ça me fait plaisir d’aider mon fils à s’installer dans la vie. À ce propos, as-tu un logement en vue ? 

 

Oui. Tu sais que monsieur Nakano est revenu de son séjour en Europe, et sa colocataire va s’en aller alors il cherche quelqu’un pour prendre sa place », expliqua le garçon. Sa mère le considéra avec intérêt. Elle savait que son aîné et l’ancien professeur de guitare de Ritsu étaient restés en contact après le départ pour l’Angleterre du jeune homme. Bien qu’elle ne se soit jamais mêlée des affaires de son fils, elle avait constaté une variation des rapports qu’il avait entretenus avec l’ex-interne pour en arriver à la conclusion qu’elle ne comprenait absolument rien à leur relation, mais qu’importait, au final ? Suguru semblait y trouver son compte.

 

« Ritsu sera triste de te voir t’éloigner mais Tokyo n’est pas si loin et je sais qu’il comprendra, dit-elle. En revanche, ça risque d’être plus compliqué pour ton agent, lui on a toujours l’impression que le ciel lui tombe sur la tête. »

 

Suguru s’était également empressé de mettre Narumi et Shinichi au courant de son installation à Tokyo. Tous deux l’avaient félicité en lui souhaitant les meilleures choses, sur le plan professionnel aussi bien que sentimental.

 

Tout à ses démarches, Suguru n’avait pas vu le temps passer. Le mois de septembre arriva très vite et c’est avec une excitation mêlée d’une certaine angoisse qu’il déposa ses affaires, sacs et cartons, dans la voiture de location avec laquelle Hiroshi était venu le chercher de Tokyo. Installer le principal dans un premier temps, il pourrait récupérer le reste plus tard, au fil de visites ultérieures.

 

« Tu reviendras vite ? demanda Ritsu d’une voix triste en retenant ses larmes à grand-peine.

 

- Mais oui, ne t’en fais pas. Et puis, en train, on est rapidement à Tokyo, une fois que je serai installé toi et maman pourrez venir me voir. Et puis, je téléphonerai. Allez ne fais pas cette tête, Ritsu. On se reverra vite. »

 

Le petit garçon hocha la tête et recula de quelques pas. Suguru l’embrassa, ainsi que sa mère, et monta en voiture.

 

« Faites bonne route », souhaita madame Fujisaki, et Hiroshi démarra.

 

OoOoOoOoOoO

 

Des sacs de vêtements, des cartons de cours, des livres et des CD. En quelques heures tout était rangé et, avec un grand sourire, Hiroshi se glissa derrière son petit ami, referma ses bras autour de sa taille et l’embrassa dans le cou.

 

« Alors ? Ça te fait quel effet d’être dans ton nouveau chez-toi ? »

 

Il ne savait pas l'effet que cela faisait mais il sentait bien l'effet que lui produisait sur son petit ami :

 

« Il faut fêter ton installation. Jusqu'ici je t'ai négligé. Quelle pièce veux-tu inaugurer en premier ? murmura ce dernier en mordillant la peau fragile de son cou.

 

- Je… »

 

Ce que Fujisaki craignait le plus se concrétisait. Il sentait les mains impatientes de l'ancien interne se glisser sous sa chemise. Il ne lui laisserait donc aucun répit ? Celui-ci vint du téléphone de Nakano. La sonnerie arrêta son geste puis il s'excusa et prit l'appel. Encore une fois ça n'était que partie remise mais jusqu'à quand ? Devrait-il toujours vivre avec cette angoisse au creux du ventre jusqu'à ce qu'il cède ? Il regarda pourtant d'un oeil mauvais Hiroshi s'en aller poursuivre sa conversation téléphonique sur le balcon. Était-ce Sobi ou Velouria ? Il inspira puis expira. La jalousie ne lui avait amené rien de bon et rien ne pouvait plus arriver à présent : il était sur place et veillait au grain. Tout de même, cette conversation durait. Et pourquoi Hiroshi était-il sorti ? Qu'avait-il à cacher ? Il pointa son nez vers le balcon mais justement son ami en revint, toujours au téléphone :

 

« Je passe te prendre. Un taxi est inutile. À tout de suite, conclut-il en raccrochant. J'ai oublié de te dire quelque chose. Tu te rappelles de Shuichi ? Et bien… il revient s'installer à Tokyo. Comme Yuki ne rentre que dans deux semaines, Shu vient dormir à la maison. Ce qui veut dire que notre intimité est grandement compromise, d'autant qu'il devait arriver seulement à la fin de la semaine. »

 

Tout se bouscula dans la tête du pianiste. Visiblement les Kamis étaient sensibles à son désespoir et l'arrivée du chanteur volubile était un miracle… ou une malédiction mais pour le moment, le miracle prévalait car il fut convenu que Suguru prendrait la chambre de Sakura alors qu’Hiroshi partagerait la sienne avec son ami d'enfance. 

 

OoOoOoOoOoO

 

Le miracle se dissipa très rapidement pour laisser une saveur aigre et amère : il n'y avait plus aucun doute, Suguru détestait Shindo. Il avait essayé d'ignorer sa bêtise plus que flagrante, ses goûts vestimentaires hideux, son désordre indiscutable, ses mauvaises manières. Oui, il avait essayé. Mais retrouver chaque matin des couverts sales pas rangés dans la cuisine l'exaspérait.

 

Ce qui l'énervait aussi étaient ses soirées en tête à tête avec Shindo. En plus de travailler dans un café la journée, Hiroshi faisait des extras la nuit. Il partait à 21h30 et revenait vers 6h30, et après sa douche, il allait se coucher directement. Parfois, le pianiste entendait de sa chambre des éclats de rire entre les deux vieux amis puis plus rien. Vers 11 heures Hiroshi et Shuichi se levaient et après un copieux déjeuner, l'ancien interne repartait. À 18 heures, quand il revenait, il faisait une sieste d'une demi-heure. Ces trois autres heures, il les passait enfin avec Suguru.

 

Si Hiroshi était heureux de la présence de son ami à cheveux roses, Suguru, qui passait ses journées avec n'avait qu'une hâte : le voir partir.

 

Le premier jour, ils s'étaient jaugés silencieusement, comme deux chiens de faïence. Shuichi jouissait de la position de meilleur ami et ne manquait pas de le rappeler mais il avait du mal à cerner son rival : cette colocation le troublait et il ne parvenait pas à l'expliquer. D’une manière ni délicate ni courtoise, il avait carrément demandé au concerné :

 

« Pourquoi tu habites avec Hiro-chan ? Vous avez sympathisé tant que ça à Kyoto ? Je me demande comment c'est possible quand je te vois aussi terne et ennuyeux. »

 

Fujisaki l'avait foudroyé du regard et avait rétorqué que certains étaient peut-être colorés mais que ça ne les empêchait pas d'être idiots à mourir.

 

Au début, Shuichi restait à l'appartement à ne rien faire, ou plutôt à se vautrer sur le canapé à se goinfrer devant la télé. Quand Hiroshi rentrait, il se lamentait de l'absence de coup de fil de Yuki. Voyant qu'il agaçait Suguru, il prenait un malin plaisir à laisser traîner ses affaires derrière lui juste pour faire enrager le Kyotoïte. Devant Hiroshi, au contraire, il adoptait une attitude presque responsable.

 

La fin des deux longues semaines où Shuichi habita avec eux laissa peut être un vide pour Hiroshi mais fut un grand soulagement pour Suguru. Le calme revint. Les hésitations aussi. Le lit de son petit ami était libre à présent mais y aller signifiait vouloir aller plus loin. Alors il restait dans le sien. Certains matins, son petit ami le rejoignait à son retour de travail et restait profondément endormi contre lui. Suguru jubilait. Il avait la tendresse sans devoir donner plus. Il avait de nouveau confiance. Il ne retenait pas son petit soupir de satisfaction les matins où Hiroshi se blottissait contre lui, encore chaud et parfumé de sa douche. Mais certains matins, il restait seul et ne comprenait pas pourquoi.

 

Un matin où, justement, Hiroshi était dans sa chambre, il décida de l'y rejoindre. Après tout, c'était le jour de repos de son petit ami et ils pourraient passer plus de temps dans les bras l'un de l'autre. Il se glissa sous les couvertures et regarda avec douceur Nakano dormir. Sa très longue chevelure rousse était éparpillée comme une coulée de lave sur l'oreiller, laissant sa nuque dévoilée.

 

« Mordille-le à la nuque et tu le rendras fou », lui souffla la voix suave de Sobi.

 

Un peu tremblant, il effleura la peau douce et se pencha pour y déposer un baiser.

 

Pas de réaction.

 

Il se colla contre Hiroshi et le mordilla légèrement.

 

Hiroshi grogna ou plutôt gémit.

 

Tacitement encouragé, Suguru recommença. Cette fois, il osa glisser sa main sous les draps. Il caressa le torse doux et finement musclé de son petit ami. Tout était nouveau pour lui. Son expérience avec Shinichi avait été courte et ils n'en avaient été qu'aux balbutiements.

 

La respiration régulière du dormeur s'accéléra et les gémissements se firent plus prononcés. Il se cambra et se retourna.

 

« Bonjour, Sunshine », dit-il en embrassant longuement Suguru.

 

Un petit peu dépassé par son désir, le pianiste le renversa sur le dos et grimpa sur lui. Il en avait envie, c'était indéniable. Ils se frottèrent avec délice l'un contre l'autre.

 

« Je suis un mauvais petit ami. Je ne m'occupe pas de toi ces temps-ci, s'excusa Hiroshi. Tu sais, je m'étais dit que la chambre de Sakura pourrait devenir une salle de musique. Tu y mettrais ton piano et moi mes instruments. »

 

Il laissa sa main courir le long de la colonne vertébrale et caressa les fesses de Fujisaki.

 

Ni plus, ni moins, ce geste refroidit Suguru et la peur le foudroya, son excitation retomba. Pourquoi avait-il réveillé le loup ?

 

Cette fois Hiroshi perçut le changement et soupira. Gentiment, il le repoussa.

 

« Ça veut dire non je crois alors… puisque moi je ne t'excite pas, le mieux c'est que nous restions chacun dans notre chambre. »

 

Sans rien ajouter, il se retourna et se rendormit.

 

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