CHAPITRE II

  

Le pianiste attendait sur le quai, le cœur battant. Victime d’un fol espoir, il était arrivé trente minutes plus tôt, comme pour faire arriver l’Hikari plus vite. En vain, le train était arrivé à l’heure convenue. Son cœur bondit dans sa poitrine quand son petit ami en descendit. Il ne l’avait pas remarqué lors de son anniversaire, mais l’ancien interne semblait plus élancé et sa chevelure était beaucoup plus longue. Oui, huit mois en Europe l’avaient changé.

 

La journée fut magnifique, presque parfaite.

 

Le beau temps avait enfin chassé les pluies saisonnières et ils avaient fait une longue promenade avant de se reposer chez un glacier reconnu.

 

« Je n’arrive toujours pas à croire que nous sommes sur le même fuseau horaire, dit Hiroshi en déposant un baiser sur la main de son petit ami.

 

- Et moi je n’arrive pas à croire qu’il vous ait fallu quatre mois pour vous produire !

 

- Je suis étranger et l’anglais n’était pas ma spécialité à l’école. Je préférais les maths, la biologie ou encore la physique-chimie.

 

- En tout cas, ils étaient généreux sur les pourboires, m’avez-vous dit.

 

- En fait… Je n’ai pas que servi. Je… Au début j’avais un autre emploi… moins reluisant.

 

- Vous vous prostituiez ? plaisanta le pianiste jusqu’à ce qu’il remarque la mine sérieuse de son interlocuteur. Vous vous prostituiez !

 

- Non ! Je… J’ai dansé un temps dans des boîtes de nuits et des clubs mais rien de malhonnête ! »

 

Tourmenté, Fujisaki trouva du réconfort dans son énorme glace. Elle au moins n’avait pas dansé nue devant une foule en délire et…

 

« Ne te laisse pas submerger par ton imagination, le rassura Nakano. Je n’ai pas été infidèle et je n’ai pas dansé nu. Toujours habillé et on ne m’a pas touché.

 

- Et je suppose que vous aviez besoin d’argent, marmonna Suguru en guise de pardon.

 

- Je n’aurais rien fait qui aurait pu te manquer de respect. J’ai tellement attendu de pouvoir serrer ta main dans la mienne que rien ni personne ne se mettra entre nous. D’ailleurs… Excuse-moi, je ne t’ai rien offert pour ton anniversaire. Jusqu’au dernier moment je ne pensais pas partir et sur un coup de tête, j’ai fait mes bagages.

 

- Votre présence a suffi, vous savez.

 

- Je voudrais me rattraper alors… tiens, c’est pour toi. Joyeux anniversaire. »

 

Le pianiste prit l’enveloppe tendue. Elle contenait deux pass de trois jours pour le Fuji Rock Festival.

 

« J’espère secrètement que c’est moi que tu choisiras pour t’accompagner. »

 

Le jeune garçon se demanda comment prendre ce cadeau. Sans la détester, il n’aimait pas outre mesure la pop et ce festival en regorgeait. L’atmosphère dans laquelle avait grandi Hiroshi aussi. Un petit sourire naquit. Trois jours avec Hiroshi… Que vouloir de plus après une si longue séparation ?

 

« Et pour les nuits ?

 

- Nous dormirons sur place. Tu n’as à t’occuper de rien.

 

- Et si j’y vais avec un autre garçon, vous vous occuperez toujours de tout ? minauda Suguru en avalant une bouchée de chantilly.

 

- Si tu y vas avec un autre garçon, je m’arrange pour empoisonner vos repas.

 

- Si je veux vivre, je n’ai donc pas le choix. Hiroshi, ça me ferait très plaisir d’y aller avec vous, accepteriez-vous ?

 

- C’est bien parce que c’est toi… »

 

La journée se termina silencieusement, les deux garçons appréhendant la séparation.

 

« Je reviendrai te voir dès que possible, ne sois pas triste », murmura Hiroshi en lui donnant un dernier baiser.

 

OoOoOoOoOoO

 

Et il n’avait pas menti. En attendant le festival, il était revenu un jour par-ci, un jour par-là et même après une si longue absence, les au-revoirs sur le quai de la gare restaient amers.

 

Hiroshi arriva en moto dans la nuit. Il aurait bien aimé saluer Ritsu, mais ce dernier dormait encore. Après un baiser, ils prirent la route.

 

Ils arrivèrent à Naeba, dans les Alpes japonaises, en fin de matinée. L’endroit grouillait de monde, ce n’était pas le plus important festival de musique rock pour rien. Trois jours et trois nuits de musique non-stop avec les plus grands interprètes japonais et internationaux répartis sur plusieurs scènes dont la principale était la Scène Verte.

 

« Où allons-nous dormir ? Je ne vois pas d’hôtels, demanda Suguru en contemplant les montagnes devant lui.

 

- Nous allons… camper. Mais j’ai pensé à tout le confort possible. Un sac de couchage chacun, des provisions, de quoi bricoler à manger, ne pas avoir froid.

 

- Camper ?

 

- Nous pouvons toujours trouver un hôtel si ça te gêne tant que ça.

 

- Non, non. Je suis content d’être avec vous. C’est le principal. »

 

Nakano monta la tente en bavardant joyeusement.

 

« Il y aura même Tricky. Ça me chagrine que Massive Attack n’existe plus. Mezzanine est leur plus bel opus. »

 

Mais Fujisaki écoutait d’une oreille. Il guettait un groupe de filles qui venaient vers eux. Elles posèrent leurs affaires à côté et en voyant Hiroshi, minaudèrent pour qu’il les aide.

 

Tout en observant son petit ami aider les trois filles à monter leur tente, Suguru se fit à nouveau la réflexion qu’Hiroshi attirait le monde aussi sûrement qu’un aimant attirait le fer. Ce n’étaient pas juste ces filles ; il savait que le jeune homme aurait accordé son aide de la même façon si ç’avait été des garçons qui le lui avaient demandé. Toujours disponible, toujours de bonne composition… pas étonnant que les gens succombent à son charme.

 

Cependant, dans le cas de leurs voisines, le pianiste doutait fort que le choix de monter leur tente juste à côté de la leur soit totalement fortuit, et c’est avec un certain déplaisir qu’il regardait les nymphettes – habillées de tee-shirts arachnéens et de shorts à la limite de la décence – gazouiller autour de l’unique mâle de la troupe.

 

« Voilà, c’est fait, déclara ledit mâle avec un sourire satisfait.

 

- Oh, merci beaucoup ! C’est super gentil de nous avoir donné un coup de main, j’espère qu’on va souvent se croiser tout au long de ces trois jours ! » minauda la plus grande des filles dont les cheveux coupés aux épaules étaient striés de mèches d’un orange criard.

 

« J’espère bien, moi, qu’on ne se recroisera jamais », maugréa Suguru avec irritation. Il n’était pas venu jusqu’ici pour voir son petit ami se faire dragouiller par une créature pareille et, à ce qu’il en voyait, ce n’était pas une espèce rare dans le coin !

 

Les filles s’éloignèrent enfin en piaillant et Hiroshi se retourna vers Suguru.

 

« Alors, où est le programme ? Et si on commençait par faire un tour de l’endroit, histoire de voir ce qui se passe, et où ? »

 

Le pianiste tira un dépliant de son sac et le déploya devant eux. Onze scènes avaient été aménagées sur le site, les plus importantes étant la Verte et la Blanche, sur lesquelles devaient se produire les invités les plus prestigieux. Ce qui ne signifiait pas pour autant que le plateau était médiocre ailleurs et chacun pouvait trouver son compte dans la programmation proposée.

 

« Et heu… Et si nous pensions à déjeuner ? » suggéra Suguru, dont l’estomac se manifestait bruyamment depuis quelques instants déjà. Ils étaient partis très tôt, alors qu’il faisait encore nuit, et n’avaient pris qu’un petit déjeuner très sommaire sur une aire de repos. À présent, midi approchait et le garçon n’avait qu’une seule envie : manger.

 

« C’est une excellente idée, approuva Hiroshi. Alors… Il y a des coins aménagés spécialement pour la popote dans le campement, mais si tu préfères nous pouvons aller déjeuner dans un café, il y en a des tas installés un peu partout.

 

- J’aimerais bien manger rapidement, au moins pour cette fois, car pour tout vous avouer je meurs de faim. C’est moi qui vous invite », acheva-t-il d’un ton qui n’admettait aucune contestation.

 

Effectivement, ce n’étaient pas les points de restauration qui manquaient sur le site. Les deux garçon choisirent de prendre leur repas dans le secteur appelé « Oasis », vaste place carrée sur laquelle étaient installés de nombreux restaurants, des cafés, mais aussi des clubs et même des points de connexion à Internet.

 

L’après-midi, Hiroshi et Suguru déambulèrent sans but à travers toute la zone que couvrait le festival, s’arrêtant le temps de quelques chansons devant une scène avant de reprendre leur route. La programmation était éclectique et Suguru se trouva rapidement happé par l’ambiance, à la fois festive et bonne enfant.

 

« Alors ? Tu aimes ? lui souffla Hiroshi à l’oreille alors qu’ils s’éloignaient du Mokudotei, une petite scène installée en pleine forêt sur laquelle un jeune groupe électro-rock se produisait.

 

- Oui. Je n’avais encore jamais assisté à ce genre d’événement mais j’aime beaucoup l’ambiance, tout le monde a l’air de tellement s’amuser…

 

- Je suis allé à quelques concerts de ce type durant mon séjour en Angleterre, avec des amis que je m’étais fait là-bas. Ce n’étaient pas les festivals les plus importants, qui tombaient pendant les mois d’été mais… j’ai été transporté. J’enviais tous ces gens qui parvenaient à vivre de leur musique, certains n’étaient pas très connus, même en Angleterre, mais ils mettaient leurs tripes dans leur jeu et j’avais tellement envie d’être à leur place… Tu comprends ce que je veux dire, n’est-ce pas ? déclara le jeune homme d’une voix emplie de ferveur.

 

- Oui. C’est bien pour cela que vous avez quitté le Japon, pour trouver cet état d’esprit. Ou bien, pour le retrouver ? Monsieur Shindo et vous avez bien joué quelques temps ensemble, n’est-ce pas ? » répondit Suguru, l’air grave. Son petit ami soupira.

 

« Si seulement je n’avais pas choisi d’écouter mes parents, les choses auraient été bien différentes… » dit-il d’un ton mélancolique. Mais ses yeux gris-bleu pétillèrent soudain et il enlaça le petit pianiste avec élan. « Mais alors je ne t’aurais jamais rencontré, et pour cela je ne regrette rien ! Tout compte fait, j’ai juste perdu du temps mais au moins je sais ce que je veux faire et je vais tout mettre en œuvre pour y parvenir !

 

- Je vous aiderai, vous pouvez me faire confiance », assura Suguru en se retournant entre les bras de son petit ami, l’air plus déterminé que jamais.

 

OoOoOoOoOoO

 

La nuit était tombée sur Naeba mais loin de faiblir, l’ardeur des festivaliers et des artistes était plus intense que jamais. Pressés au milieu de la foule compacte amassée devant la Scène Verte, Hiroshi et Suguru assistaient à la performance des Anglais de Kasabian qui, avec Lost Soul Forever allaient clore la soirée, du moins sur cette scène. Emporté par le rythme rapide et l’énergie brute de la chanson, Suguru se trémoussait juste devant Hiroshi qui l’encerclait de ses bras, oublieux autant qu’oublié par la foule surexcitée qui les entourait. La chaleur que dégageaient les milliers de personnes pressées les unes contre les autres était suffocante mais l’ex-interne sentait une toute autre chaleur lui monter dans le ventre, aiguillonné par le frottement répété de la croupe de son petit ami contre son entrejambe. Enivré de désir, il embrassa voracement le cou du garçon qui se retourna entre ses bras, tout empourpré, et lui rendit son baiser avec ardeur, réveillant le souvenir enfoui dans la mémoire du jeune homme d’un rêve lointain fait il y avait bien longtemps… et qui, ce soir-là, venait de subitement prendre corps.

 

Mais la chanson s’achevait, dans un tumulte assourdissant de cris enthousiastes, et le groupe quitta la scène après ce qui avait été leur deuxième rappel. Lentement, la foule compacte commença à se disperser.

 

« C’était fantastique, Hiroshi ! Quel final ! s’exclama Suguru, euphorique, toujours sous le coup de l’excitation violente qui venait de l’étreindre.

 

- Tu veux… tu veux qu’on aille voir autre chose ou… tu as envie de te coucher ? demanda le jeune homme, lui aussi terriblement émoustillé et qui n’avait qu’une seule envie : regagner leur tente et explorer plus en profondeur leur relation. Et cette fois, pas d’impératif horaire pour les arrêter de quelque manière que ce soit !

 

- Non, mieux vaut aller nous coucher, répondit Suguru. Nous nous sommes levés tôt ce matin et la journée a été longue… »

 

Cheminant au milieu des festivaliers, serrés l’un contre l’autre, ils eurent tôt fait de retrouver leur tente. Celle de leurs voisines était vide, mais rien n’avait moins d’importance en cet instant pour les deux garçons. À peine étendus sur leurs sacs de couchage, placés côte à côte, Hiroshi enlaça son petit ami et l’embrassa avec une avidité redoublée. Suguru s’abandonna, ivre des sensations nouvelles que cette étreinte brûlante éveillait en lui. Il se sentait d’autant mieux que, cette fois, Hiroshi n’oserait sans doute pas aller trop loin ; après tout ils n’étaient abrités que par de minces parois de toiles… alors autant en profiter.

 

Cependant, son petit ami ne paraissait pas disposé à s’arrêter en si bon chemin. Il eut tôt fait de retirer son tee-shirt à Suguru et de faire suivre le même chemin à son short. Comme la fois précédente, le garçon sentit les mains d’Hiroshi glisser le long de ses flancs et s’insinuer sous l’élastique de son boxer… Et, comme la fois précédente, sa réaction fut identique.

 

« Hiroshi, arrêtez ! »

 

Contrairement à ce qu’il s’était passé la dernière fois, néanmoins, le jeune homme ne s’arrêta pas et entreprit de faire glisser le sous-vêtement le long des cuisses de Suguru qui, pris de panique, se débattit.

 

« Non ! S’il vous plaît, arrêtez ! »

 

Surpris, Hiroshi suspendit son geste et releva la tête. Avec un étonnement mêlé d’incompréhension, il vit que son petit ami paraissait soudain mal à l’aise… presque effrayé.

 

« Qu’est-ce qu’il y a, Suguru ? questionna-t-il, mi-inquiet, mi-dépité.

 

- Je… Nous n’allons pas… Nous n’allons pas faire… ça… ici ? bredouilla le garçon, le cœur battant à tout rompre.

 

- Ici ? répéta son petit ami sans comprendre.

 

- Oui. C’est… Nous sommes sous une tente, Hiroshi. 

 

- Je sais. Et alors ?

 

- Alors… Avec tout le monde qu’il y a autour, je… Ça me gêne trop… » expliqua nerveusement Suguru qui se sentait s’embourber. Hiroshi s’écarta et s’assit avec un soupir.

 

« Personne ne se préoccupe de ce qui peut se passer dans cette tente, Suguru, dit-il en s’efforçant de ne pas laisser sa frustration transparaître dans ses paroles. Tu crois vraiment que nous sommes les seuls à avoir envie de faire l’amour ce soir ?

 

- Non, je sais mais… » Le pianiste baissa piteusement la tête. La vérité était qu’il ne se sentait toujours pas prêt, tout bêtement. Son petit ami ne le sentait-il donc pas ? « Mais avec tout ce monde autour, je… Je ne pourrai pas. Je suis désolé, ajouta-t-il, voyant qu’Hiroshi paraissait extrêmement déçu.

 

- Non. Ça ne fait rien. Bon, alors je… Je suppose qu’il ne nous reste plus qu’à nous dire bonne nuit », énonça l’ex-interne en achevant de se déshabiller, dos tourné à son compagnon de tente. Il enfila un tee-shirt pour la nuit et se glissa dans son sac à dos.

 

« Bonne nuit, Hiroshi », dit timidement Suguru en l’imitant. Le silence se fit dans la tente, mais chacun de ses deux occupants mit longtemps à trouver le sommeil.

 

OoOoOoOoOoO

 

Comme l'avait prévu Hiroshi, certains ne s'étaient pas prives de faire partager à leurs voisins leurs ébats torrides. Indifférent aux bruits, le garçon essaya de les ignorer mais ils finirent par avoir raison de sa patience et une fois rhabille en conséquence, il sortit fumer. Il ne vit pas le regard noisette qui le suivait alors qu'il quittait la tente.

 

Il erra dans le campement sans réel but. Il ne comprenait pas son petit ami. Certains de ses messages avaient paru audacieux et ardents mais en réalité Suguru s'était dérobé deux fois et…

 

« Naka-chan ! »

 

Il sursauta et se retourna vers une jeune fille.

 

« Naka-chan ! s'exclama celle-ci en se jetant dans ses bras. Naka-chan tu m'as manquée ! »

 

Le garçon sourit et enlaça son ancienne petite amie :

 

« Toi aussi tu m'as manqué.

 

- Je voulais être là pour ton retour mais…

 

- Je sais. Je t'ai vue dans les magazines. Tu es magnifique ! ’Faut que tu me racontes comment ça s'est passé.

 

- Pas avant que tu me racontes ton voyage ! »

 

Bras dessus, bras dessous ils trouvèrent un coin tranquille pour parler du séjour en Angleterre et de la carrière naissante de mannequin de Velouria. La rédactrice en chef d'un magazine pour goth lolitas l'avait remarquée dans une file d'attente pour acheter des billets de concerts et avait insisté pour lui faire faire une séance photo pour son numéro spécial. En quelques semaines, Velouria avait conquis le public et enchaînait les contrats. Au retour d'Hiroshi, elle était partie cinq semaines aux États-Unis, représentante d'une marque de vêtements gothiques.

 

« Tu te doutais que je serais à ce festival. Mon frère ou Sakura ont dû te le dire ? »

 

En effet, elle avait noué des liens avec les deux et pour cause, elle avait été la colocataire de Sakura avant de se trouver un petit appartement à elle.

 

« Et bien… Tu n'es pas seul ici, non ?

 

- Bah… Ça lui ferait plaisir de te voir.

 

- Tu crois vraiment ? Il est ou d'ailleurs ?

 

- Il dort. Moi je n'y arrivais pas.

 

- Pourtant, une folle nuit fatigue.

 

- Les seules folles nuits que je partage, c'est avec ma main.

 

- C'est un choix… répondit l'adolescente en retenant un rire.

 

- Une fatalité, je dirais.

 

- Le grand Naka-chan a des problèmes ? Il ne t'excite pas assez ? se moqua-t-elle.

 

- Le « grand Naka-chan » n'a aucun problème. C'est… C'est Suguru qui ne veut pas. Ça n'est jamais le moment. Peut-être suis-je trop impatient.

 

- C'est vrai que tu t'allonges facilement.

 

- Tu peux parler !

 

- Depuis toi, il n'y a eu personne. »

 

Ils s'étaient relevés et se trouvaient devant la tente d’Hiroshi à présent.

 

« Moi non plus il n'y a eu personne depuis toi, ronronna le garçon en caressant la joue fraîche de la jeune fille.

 

- Mais toi tu as un copain, pas moi. Vous dormez ici ?

 

- Oui.

 

- Retourne te coucher et ne m'appelle pas. Je n'ai pas envie de rester avec vous. Ne fais pas cette tête, On se verra à Tokyo. Je t'inviterai dans mon appartement.

 

- Mais comment es-tu venue ? Tu vas pouvoir rentrer ?

 

- Tu n'es pas le seul à avoir une moto », rit Velouria en s'éloignant sur un petit signe de main.

 

Quand elle eut disparu, il s'engouffra dans la tente. Il regarda la petite forme endormie et déposa un léger baiser dans le creux de son cou. Il se rallongea et se rendormit, loin de se douter que tout le temps ou il était sorti, son petit ami l'avait attendu et avait entendu l'échange avec Velouria, qu'il n'avait pas reconnue.

 

OoOoOoOoOoO

 

Le petit matin les trouva enlacés. L'ancien interne voulut se défaire de l'étreinte mais son petit ami le retint :

 

« Restez contre moi, Hiroshi. S'il vous plaît. »

 

Ils savourèrent ce contact de longues minutes.

 

« Tu as bien dormi ?

 

- Ça va… Et vous ?

 

- J'ai eu un peu de mal à m'endormir alors je suis sorti faire un tour. Je ne t'ai pas réveillé ?

 

- Non. »

 

Le souvenir brûlant de la fille avec qui Hiroshi était lui faisait encore mal.

 

« Vous étiez seul ? demanda-t-il enfin.

 

- Non. Figure-toi que je suis tombé sur Vel, mon… ex-copine. On s'est un peu baladés et voilà.

 

- Va-t-on la revoir ?

 

- Pas avant la semaine prochaine, je le crains.

 

- Tant… pis. Hiroshi, me trouveriez-vous du café et de quoi manger ?

 

- Tes désirs sont des ordres. Ce matin, petit déjeuner au lit. »

 

Nakano s'habilla et s'éclipsa pour revenir les bras chargés de gourmandises, de café et de thé chaud.

 

Les deux journées et nuits qui suivirent se passèrent sans problème et c'est le coeur serré que Nakano déposa Suguru chez lui.

 

« La semaine prochaine c'est mon anniversaire, tu pourrais venir quelques jours à Tokyo ? Et puis nous aurons un vrai lit. »

 

Il ne le sentit pas mais son petit ami se raidit :

 

« Je ne sais pas, je… j'ai du travail.

 

- Ah… »

 

Mais la déception était évidente.

 

« Je sais que tu feras de ton mieux.

 

- J'essaierai. Je… Bon retour. »

 

Après un dernier baiser, le motard remit son casque et partit.

 

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